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Full text of "La famille Celoron de Blainville"

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PIERRE-GEORGES ROY 



LA FAMILLE 



CELORON DE BLAINVILLE 



The EDITH and LORNE PIERCE 
COLLECTION of CANADI ANA 




S^ueen's University at Kingston 



//rf 






dzJvrï 



La famille Céloron de Blainville 



LA FAMILLE 



CÉLORON DE BLAINVILLE 



PAR 



PIERRE-GEORGES ROY 




LÉVIS 
1909 



TIRÉ A 100 EXEMPLAIRES 

No 



LA FAMILLE CELORON DE BLAINVILLE 



LES CÉLORON DE BLAINVILLE 



Armes : D'azur, à trois croissants d'argent et une 
étoile d'or posée en cœur. 

Une autre branche de la famille portait : D'azur, au 
chevron de gueules, accompagné de trois cigales de 
nicofle. 

I. Le premier Céloron dont il soit fait mention est 
Claude de Céloron. Il fut pourvu le 11 août 1631, d'un 
office de " conseiller, secrétaire du Roi, maison et cou- 
ronne de France et de ses finances " et mourut revêtu 
du dit office en 1650. Son contrat de mariage avec 
Catherine Eeperant fut passé le 3 mars 1611 devant 
Richard Curilly et Jean Depnotz, notaires au Châtelet 
de Paris. Parmi les documents manuscrits de la 
Bibliothèque Nationale à Paris on trouve une quittance 
d'arrérages de rentes dressée à Senlis, le 8 septembre 
1639, par Claude de Céloron, et dans une quittance de 
taxes de son office, dressée à Paris, le 23 février 1643, 
on ajoute à sa qualification de conseiller, etc., ce qui 
suit : " du collège des b. j. x. x. (des seize vingtièmes) 



— 6 — 

des Finances." Claude de Céloron eut quatre enfants. 
Nous en connaissons trois : 

1° Catherine de Céloron mariée à messire François 
Guerry. Veuve dès avant le 15 décembre 1678, elle 
donna à cette date une quittance d'arrérages de rentes, 
à Paris, et une autre à la date du 20 décembre 1679. 

2° Claude de Céloron, prêtre de l'Oratoire. 

3° Jean de Céloron pourvu le 22 août 1650, de 
l'office de conseiller secrétaire du roi, maison et cou- 
ronne de France et de ses Finances, dont son père était 
mort revêtu. Il est connu par quatre quittances d'ar- 
rérages de rentes données par lui à Paris, les 15 sep- 
tembre 1657, 15 avril 1664, 10 juin 1676 et 15 décem- 
bre 1676. Dans ces deux dernières quittances il est 
qualifié : ci-devant conseiller, secrétaire du Roi. Il 
avait donc résigné son office entre 1664 et 1676. 

II. Antoine de Céloron, fils de Jean de Céloron 
demeurait à Paris. Il fut conseiller du Roi. Il épousa 
damoiselle Marie Rémy, sœur de Mederick Rémy, 
écuyer (*). M. de Céloron est connu par quatre quit- 
tances d'arrérages de rentes payées à Paris les 3 décem- 
bre 1668, 15 décembre 1671, 12 juin 1672 et une sans 
date. Devenue veuve entre le 12 juin 1672 et le 31 
mai 1674 et ayant la garde noble des enfants issus de 
son mariage, Marie Rémy donne à Paris des quittances 
d'arrérages de rentes les 31 mai 1674 et 5 décembre 
1678. Elle épousa en secondes noces Guillaume de la 



O Elle était aussi la sœur de messire Pierre Kémy, curé 
de Lachine, lors de la terrible irruption des Iroquois dans 
cette paroisse en 1689. M. l'abbé Rémy décéda à Montréal 
le 24 février 1726. Il était âgé de 90 ans. 



— 7 — 

Guillaumie, seigneur de Goix, demeurant à Paris, rue 
du Temple, paroisse Saint-Nicolas des Champs. Par 
un acte, en date du 16 janvier 1701 au Châtelet de 
Paris, elle donne à son fils aîné Antoine, et à la femme 
de celui-ci, l'usufruit d'une rente dont la nue propriété 
reste à ses autres enfants. Elle décéda en septembre 
1701. De son mariage avec Antoine de Céloron, 
naquirent cinq enfants : 

1° Antoine de Céloron, marié à Marie Dubut. Elle 
décéda en 1702. 

2° Catherine de Céloron. Le 12 novembre 1691, 
elle est qualifiée fille majeure, et donne une quittance 
d'arrérages de rentes, tant en son nom que com- 
me procuratrice directe de Antoine Céloron, écuyer, 
et de Simon Alexandre Celeron, aussi écuyer, et en- 
core, par substitution du sieur Michel- Alexis de Civet 
lui-même procureur de Jean Céloron, écuyer. Tous 
quatre sont qualifiés légataires universels (substitués 
l'un à l'autre) de messire Claude Céloron, prêtre de 
l'Oratoire, leur oncle. Par ordonnance rendue le 22 
novembre 1691, par MM. les commissaires généraux 
du Conseil, députés sur le fait des armoiries, les armes 
de la famille de Céloron sont enregistrés dans l'Armo- 
riai général de France, généralité de Paris, à la requête 
de damoiselle Catherine de Céloron, fille majeure. La 
même Catherine de Céloron, exécutrice du testament 
olographe, en date du 1er septembre 1698, de sa mère, 
dame de la Guillaumie, fait procéder, après décès, à 
l'inventaire des biens d'icelle, le 30 septembre 1701, 
par Maître Eobillard, notaire. Elle agissait tant en 
son nom qu'en celui de ses quatre frères Antoine ; 



Claude, prêtre de l'Oratoire ; Jean-Baptiste, écuyer, 
sieur de Blainville, capitaine d'infanterie à Québec; et 
Simon- Alexandre Céloron de Blainville, écuyer, ensei- 
gne des vaisseaux du Koi. Par un acte en date du 14 
juillet 1702, passé devant Maître Kobillard, notaire, 
Catherine de Céloron, demeurant rue du Coq, paroisse 
Saint-Germain l'Auxerrois, renonce, tant en son nom 
que comme fondée de pouvoir de ses frères Claude, 
Jean-Baptiste et Alexandre, à la succession de leur 
autre frère, Antoine. La procuration de Jean-Baptiste 
avait été passée devant Eaimbault et Adhémar, notaires 
à l'île de Montréal en Canada, le 2 octobre 1700. En- 
fin, il appert d'un acte passé le 23 août 1703, devant 
Maîtres Kobillard et Lafosse, notaires à Paris, que Ca- 
therine de Céloron est l'objet de trois procurations géné- 
rales passées par ses trois frères pour " renoncer et ex- 
pédier toutes successions, biens et héritages qui leur 
reviennent ". La procuration de Jean- Baptiste avait 
été passée devant Eaimbault et Adhémar, notaires à 
l'île de Montréal, le 9 septembre 1702. 

3° Claude de Céloron, prêtre de l'Oratoire à Lyon, 
en 1707. D'après Bachelin de Florenne, un Claude de 
Céloron, secrétaire du Koi le 11 août 1G87, passa au 
Canada, Saint-Domingue et Guadeloupe. Est-ce le 
même personnage que l'on trouve prêtre de l'Oratoire à 
Lyon en 1707 ? 

4° Jean-Baptiste de Céloron, sieur de Blainville, 
celui qui s'établit dans la Nouvelle- France en 1684. 

5° Simon-Alexandre de Céloron, enseigne des vais- 
seaux à Brest en 1707. 



— 9 — 



1ère génération : J.-B. Céloron de Blaînville 



JEAN-BAPTISTE CÉLOKON DE BLAINVILLE (*) 

Il fut baptisé le 19 février 1660, en l'église parois- 
siale de Saint-Sauveur, à Paris. 

Le 21 mars 1684, il était mis sur la liste des gen- 
tilshommes destinés à servir en qualité de gardes de la 
MariDe au port de Kochefort. 

La même année, le 26 juin, il était promu lieutenant 
dans une compagnie du détachement de la Marine. 1^ 
passait peu après dans la Nouvelle-France. ( 2 ) 

En 1691, le gouverneur de Frontenac nommait M. 
de Blainville capitaine réformé, au lieu et place du 
sieur de la Groix, fait capitaine en pied. 

Ce ne fut que deux années plus tard, le 1er mars 
1693, que la commission donnée par M. de Frontenac 
fut confirmée par le roi. 

M. de Merville, capitaine en pied d'une compagnie 
du détachement de la marine, ayant pris sa retraite 
avec une pension du roi, M. de Blainville fut nommé, 
par commission du roi en date du 18 mai 1701, pour 
le remplacer. 



0) Il fut connu sous le nom de M. de Blainville. 

( 2 ) "En 1686, sinon avant, dit M. le juge Girouard (Lake 
St. Louis old andnew and Cavelier de La Salle, p. 211), J.-Bte 
de Céloron, sieur de Blainville, avait un poste de traite sur 
son fief près de la baie d'Urfé (Lachine)." Nous croyons qu'il 
y a erreur ici. Par son mariage avec la veuve de M. de Brucy, 
le 29 novembre 1686, M. de Blainville se trouva à entrer en 
possession du poste de traite de Brucy. S'il a fait la traite, 
ce doit être après le 29 novembre 1686. 



^10 — 

Le 5 octobre 1701, MM. de Callières et de Champi- 
gny écrivaient au ministre de Pontchartiain : 

" Le sieur de Callières a remis aux sieurs de Blain- 
ville et de Beau cours, les commissions de capitaines 
dont Sa Majesté les a honorés en leurs places (des 
sieurs de la Durantaye et de Mer ville, mis à leurs pen- 
sions), et leur fera prendre rang dans les troupes du 
jour et date de leurs commissions de capitaines réfor- 
més. " o 

Le 15 novembre 1703, MM. de Vaudreuil et de 
Beauharnois écrivaient au ministre de Pontchartrain : 

" Le sieur de Blainville, capitaine, qui n'a pas été en 
France depuis 21 ans, vous supplie, Mgr, de lui accor- 
der son congé. Il y a des affaires de famille à finir 
qui lui sont de la dernière conséquence." ( 2 ) 

Il obtint ce congé en juin 1704. 

En 1705, M. Céloron de Blainville eut à soutenir un 
procès assez important contre M. LeBer de Senneville, 
propriétaire du fief DuGué, au sujet de l'île Saint- 
Gilles, que chacun d'eux prétendait lui appartenir. 

M. Céloron de Blainville, héritier de sa première 
femme, mariée d'abord à M. de Brucy, soutenait que 
l'île Saint-Gilles faisait partie, comme dépendance, 
d'une concession de dix arpents sur trente à prendre 
dans l'île Perrot consentie, le 1er janvier 1676, par M. 
Perrot, gouverneur de Montréal, à M. de Brucy. M. 
LeBer de Senneville représentait, de son côté, que l'île 
Saint-Gilles avait été donnée par le séminaire de Saint- 
Sulpice, le 19 janvier 1672, à M. Sidrac DuGué de 
Boisbriand qui, lui, l'avait vendue à Charles LeMoiue 
de Longueuil et à Jacques LeBer. Celui-ci, à son 
tour, l'avait donné à son fils ( 3 ). 



0) Correspondance générale, Canada, vol. 19, fol. 3. 

( 2 ) Correspondance générale, Canada, vol. 21, fol. 5. 

( 3 ) L'abbé Faillon, Histoire de la colonie française en 
Canada, vol. III, p. 341. 



— 11 — 

Le 3 juillet 1713, le ministre de Pontchartrain écri- 
vait à M. Céloron de Blainville qu'il était heureux de 
voir que son fils s'appliquait à bien servir. Il l'infor- 
mait en même temps qu'il n'avait pu lui obtenir (au 
père) une croix de Saint-Louis. 

La majorité des troupes du Canada étant devenue 
vacante en 1713 par la mort du sieur Dumesny Norey, 
M. Céloron de Blainville demanda cette charge. 

Il y avait six autres candidats sur les rang3 : M. 
Le Verrier de Bousson, premier capitaine ; M. Bouillet 
de la Chassaigne, major de Montréal et capitaine depuis 
1678; M. de Saint- Martin, capitaine depuis 1697; de 
Sabre vois, capitaine depuis 1702 ; de La Corne, capi- 
taine depuis 1706; le comte de Vaudreuil, fils du gou- 
verneur de Vaudreuil, capitaine depuis 1710. 

Le 17 mai 1714, le ministre de Pontchartrain infor- 
mait M. de Blainville qu'il l'avait proposé au roi pour 
la majorité des troupes. Il lui disait aussi qu'il n'y 
avait aucune croix de Saint-Louis accordée cette année. 

Malgré l'appui du ministre de la marine, M. de 
Blainville n'obtint pas la majorité des troupes. C'est 
M. Le Verrier qui fut nommé. Il faut croire que ses 
amis avaient plus de poids auprès du roi que ceux de 
M. de Blainville. 

Une note officielle de 1714 rédigée probablement sur 
les avis du gouverneur de Vaudreuil dit de M. Céloron 
de Blainville : 

11 Le sr. Blainville, Français, est capitaine depuis 
1701, est assez bon officier." (*) 

M. de Blainville décéda à Montréal le 4 juin 1735. 

Il avait été fait chevalier de Saint-Louis le 4 avril 
1730. 

Il était à sa mort le premier capitaine du détache- 
ment des troupes de la Marine. 



( x ) Bulletin des Recherches Historiques, vol. II, p. 115. 



— 12 — 

M. de Blainville s'était marié trois fois. (*) 

En premières noces, à Lachine, le 29 novembre 1686, 
il avait épousé Hélène Picoté de Belestre, fille de 
Pierre Picoté de Belestre et de Marie Pars, et veuve de 
Antoine Lafresnaye de Brucy ( 2 ). 

Elle décéda à Montréal le 23 novembre 1701. 

Deux années plus tard, à Montréal, le 14 janvier 
1703, il épousait Geneviève Damours, fille de feu 
maître Mathieu Damours, écuier, seigneur De Chauf- 
fours, vivant conseiller au Conseil Souverain, et de 
Marie Marsollet. 

Elle décéda deux mois après son mariage, à Mont- 
réal, le 24 mars 1703 ( 8 ). 



0) D'après le document suivant, que nous devons à l'obli- 
geance du E. P. Odoric, franciscain, M. de Blainville aurait 
été marié quatre fois. Un fils né de son premier mariage 
aurait été récollet. 

" Le dixième jour de mai de cette présente année 1694, M. 
l'illustrissime et révérendissime de la Croix de St-Valier, 
évêque de Québec, étant en cette ville de Montréal, fut 
invité d'honorer de sa présence la cérémonie de la profession 
de deux de nos frères novices clercs, dans l'église de notre 
couvent des Récollets de Montréal, par le Sr de Blainville, 
capitaine au Régiment de la marine, père de l'un des susdits 

novices Après la messe et la profession le dit sieur de 

Blainville alla trouver au Séminaire M. l'évêque pour lui 
faire civilité et le prier d'assister au moins au repas, comme 

il l'avait promis, mais il refusa. " — Procès-verbal 

fait à la diligence du Père Hyacinthe Perrault, com. prov. 
des PP. Récollets." 

( 2 ) M. le juge Girouard, dans son savant ouvrage Lahe St. 
Louis old and new and Cavelier de La Salle (p. 148), nous 
apprend que le mariage de M. de Blainville fut le premier 
célébré à Lachine. Le curé d'Urfé ne nous dit pas dans son 
acte si la cérémonie eut lieu dans une chapelle ou à la rési- 
dence de la mariée. 

( 3 ) Geneviève Damours avait failli devenir l'épouse du 
fameux baron de La Hontan. Celui-ci passa l'hiver de 1691- 
92 à Québec. Le gouverneur de Frontenac, parrain de la 
jeune fille, fit tout ce qu'il pût pour faire conclure ce ma- 
riage. Les choses allèrent si loin que M. Nelson, riche négo- 
ciant de la Nouvelle-Angleterre, prisonnier de guerre à 



— 13 — 

Enfin, en troisièmes noces, à Montréal, le 25 sep- 
tembre 1704, il épousait Geneviève- Gertrude, fille de 
Charles LeGardeur de Tilly et de Geneviève Juchereau. 

Elle décéda à Montréal le 3 septembre 1750. Elle 
retirait une pension du roi depuis 1737. 

M. de Blainville avait eu sept enfants de son pre- 
mier mariage. 



Hélène-Françoise Céloron de Blainville 

Née à Montréal le 20 août 1688. 
Mariée à Montréal, le 12 mai 1710, à Pierre, cheva- 
lier de Saint-Ours. 

Elle décéda à Montréal le 15 juillet 1729. 

II 

Marie- Catherine Céloron de Blainville 

Née à Montréal le 28 janvier 1690. 
Décédée au même endroit le 31 janvier 1690. 



Québec mais qui avait toute sa liberté, offrit un grand dîner 
aux futurs époux. Le gouverneur, l'intendant et l'évêque y 
assistaient. Nelson et l'évêque de Québec offrirent, paraît- 
il, chacun 1000 écus à donner le jour des noces. Comme 
Geneviève Damours avait elle-même 1000 écus de dot, et que 
M. de Frontenac en offrait 7000 ou 8000 en congé, le baron 
de La Hontan faisait un mariage très avantageux. Mais, juste 
au moment de signer le contrat de mariage, le volage baron 
reprit sa parole. Il voulait rester libre. M. de Frontenac 
fut très froissé de ce dénouement. Voir les Voyages de La 
Hontan (t. II, p. 79, éd. de 1703), où le facétieux baron ra- 
conte toute cette aventure avec sa verve ordinaire. 



— 14 — 

III 

Marie-Anne Céloron de Blainville 

Née à Montréal le 11 juin 1691. 

Décédée au même endroit le 15 février 1706. 

IV 

Marie-Louise Céloron de Blainville 
Née à Montréal le 5 août 1692. 

V 

Pierre- Joseph Céloron de Blainville 
Le continuateur de la lignée. 

VI 

Louis-Jean-Baptiste Céloron de Blainville 

Né à Montréal le 1er décembre 1696. 

Il entra dans les troupes de la marine comme cadet 
à l'aiguillette. 

On trouve la note suivante au sujet de M. Céloron 
de Blainville dans une liste apostillée des cadets à l'ai- 
guillette écrite vers 1730 : 

" Jeune homme fort sage qui promet beaucoup." (*) 



(*) Edouard Richard, Supplément du Rapport du DrBrym- 
ner sur les archives canadiennes, 1899, p. 24. 



— 15 — 

Le 22 mars 1732, M. Céloron de Blainville obtenait 
l'expectative d'une enseigne en second. 

A peine huit jours plus tard, le 1er avril, on lui don- 
nait le grade effectif d'enseigne en second. 

Le 25 mars 1738, M. Céloron de Blainville était 
promu enseigne en pied. 

Une note officielle de 1639 dit qu'il était bon offi- 
cier (*) 

En 1746, M. Céloron de Blainville fit partie de l'ex- 
pédition de M. de Eigaud contre Corlar. 

C'est au retour de cette expédition qu'il fut nommé 
commandant à la Rivière Saint-Joseph. 

Un document officiel de 1747 nous apprend que M. 
Céloron de Blainville était le plus ancien enseigne en 
pieds des troupes. 

Le 23 mai 1749, il obtenait enfin le grade de lieute- 
nant. 

En 1750, M. Céloron de Blainville remplaçait M. 
Drouët de Beaudicourt comme commandant de La 
Présentation. 

Il y resta trois années et fut remplacé par M. de La 
Perrière. 

C'est pendant son séjour à La Présentation qu'il 
reçut le commandement d'une compagnie des troupes 
de la marine. 

En 1756, M. Céloron de Bienville était au fort 
Duquesne. 

11 fut tué dans une sortie faite contre le fort Cum- 
berland dans l'été de 1756 (entre juin et août). 

M. Céloron de Blainville avait épousé, à Montréal, 
le 25 octobre 1730, Suzanne Hyacinthe Piot de Lan- 
gloiserie, fille de Charles- Gaspard Piot de Langloiserie, 
en son vivant lieutenant du roi à Québec, et de Marie- 
Thérèse DuGué. 



C 1 ) La famille de Léry, p. 201. 



— 16 — 

En 1757, la veuve de M, Celeron de Blainville avait 
sa résidence à Laprairie. 

De leur mariage étaient nés cinq enfants : 

I. Marie-Anne-Thérèse Céloron de Blainville 

Née à Montréal le 26 juillet 1731. 

Mariée, à La Chenaye, le 30 septembre 1770, à 
Jacques-Marie Nolan-Lamarque, veuf de Louise Per- 
rault. 

II. Louis-Joseph Céloron de Blainville 

Né à le 

En 1749, il était admis en qualité de cadet dans le 
détachement des troupes de la marine. 

En 1751, il recevait une commission de sous-aide- 
major au fort de la Présentation, commandé par son 
père. 

En 1753, il passait en la même qualité dans un 
détachement envoyé à la Belle-Kivière. 

Deux ans plus tard, en 1755, il assistait à la bataille 
de la Monongahéla où Braddock subit une défaite si 
humiliante. Sa conduite dans cette journée lui mérita 
des félicitations de ses chefs. 

M. Céloron de Blainville prit part aux principaux 
faits d'armes qui terminèrent la domination de la France 
au Canada. 

Passé en France à la fin de 1759, il fut fait en 1766, 
sous-lieutenant et quelques années plus tard, lieute- 
nant dans la Légion des Iles de France et Bourbon. 

Le 11 décembre 1769, M. Céloron de Blainville était 
promu lieutenant dans la même Légion. 

Trois années plus tard, le 30 décembre 1772, il pas- 
sait lieutenant en premier au régiment de l'île de 
France. 

Enfin, le 3 septembre 1776, M. Céloron de Blain- 
ville obtenait son brevet de capitaine. Le roi lui accor- 
dait en même temps une pension de 300 livres. 



— 17 — 

Il se maria la même année à Mlle Paul. 
A partir de ce moment nous perdons absolument ses 
traces. 

III. Marie- Hypolite Céloron de Blainville 

Née à le 1735. 

Mariée à Laprairie, le 10 octobre 1757, à Marie- 
Hugues-Louis Hertel de Chambly, officier d'infanterie, 
fils de Louis Hertel et de Catherine d'Ailleboust des 
Musseaux. 

Elle décéda à Sainte-Thérèse de Blainville le 7 août 
1810. 

M. Hertel de Chambly vivait encore en 1813, et 
était aveugle. 

IV. Marie-Gertrude Céloron de Blainville 

Née à Montréal le 8 juillet 1738. 

Décédée au même endroit le 15 juillet 1738. 

V. Anonyme 

Né et décédé à Montréal le 8 juillet 1738. 

VI. Louise-Suzanne Céloron de Blainville 

Née à Montréal le 7 octobre 1739. 

Mariée, au fort La Présentation, le 9 novembre 1751, 
à Jean-Baptiste-Marie des Bergères de Kigauville, offi- 
cier dans le détachement des troupes de la marine. 

M. de Kigauville mourut à Bristol, aux Etats-Unis, 
en 1776 ou 1777. 

VIE 

Jean Céloron de Blainville 

Né à Montréal le 10 janvier 1698. 
Probablement mort en bas âge. 
2 



— 18 — 



1ère génération : J.-B. Céloron de Blain ville 
2ème génération : P.-J. Céloron de Blain ville 



PIERRE- JOSEPH CÉLORON DE BLAIN VILLE (*) 

Né à Montréal le 29 décembre 1693. 

Le 18 juin 1712, son père lui faisait donner une 
expectative d'enseigne. 

Le 1er juillet 1715, il obtenait une enseigne en 
pied. 

Le 30 octobre 1724, le gouverneur de Vaudreuil 
demandait un congé pour permettre à M. de Céloron 
de passer en France. 

Le roi le lui accorda l'année suivante, mais le minis- 
tre de Maurepas lui conseilla de ne pas le prendre afin 
de ne pas nuire à l'efficacité du service. 

M. de Céloron ne se servit pas de son congé en 1725 
ni en 1726. 

Le 20 octobre 1726, M. de Beauharnois demandait 
au ministre de l'en faire profiter en 1727. 

Le 5 février 1731, M. de Céloron était promu lieu- 
tenant. 

En 1734, M. de Céloron obtenait un nouveau congé. 

En 1737, M. de Céloron est commandant à Michil- 
limakinac. 

L'année suivante, il est proposé pour la croix de 
Saint- Louis. 

Le 25 mars 1738, le roi accordait une compagnie à 
M. de Céloron. Il remplaçait M. de Montigny, décédé. 



C 1 ) Nous l'appellerons M. de Céloron, nom sous lequel il fut 
plutôt Gonnu. 



— 19 — 

Un document officiel anonyme de 1739 dit de M. 
de Céloron : 

" Intelligent ; fort bon officier." 

La campagne entreprise par M. LeMoyne de Bien- 
ville, gouverneur de la Louisiane, contre les Chicachas, 
en 1736, se termina par un échec sanglant. M. d'Ar- 
taguette, commandant d'un corps d'armée, attaqua im- 
prudemment les féroces guerriers. Ceux-ci forcèrent 
ses troupes à se retirer, en leur abandonnant un riche 
butin. Tombé entre leurs mains, d'Artaguette périt 
dans d'horribles tortures. M. de Bienville attaqua à son 
tour les Chicachas quelques jours plus tard. Dès la 
première décharge, 80 de ses hommes furent mis hors 
de combat. Les Français durent battre encore en 
retraite. 

Le gouverneur de la Louisiane ne pouvait rester sur 
une défaite semblable. Il commença tout de suite à 
préparer une nouvelle expédition contre les Chicachas. 

Le manque de troupes, ses négociations avec les diffé- 
rentes tribus sauvages pour les engager à marcher avec 
lui ou à rester neutres et d'autres raisons forcèrent M. 
de Bienville à différer cette expédition jusqu'à 1739. 

Cette fois, M. de Bienville avait obtenu l'appui de la 
colonie de la Nouvelle-France. Un corps de troupes 
canadiennes et quelques centaines de sauvages, sous le 
commandement du baron LeMoyne de Longueuil, 
étaient venus se joindre à l'armée louisianaise. 

M. de Céloron fut détaché de Michillimakinac pour 
accompagner M. de Longueuil. 

Cette deuxième expédition, pour diverses causes, 
allait se terminer d'aussi misérable façon que la pre- 
mière, quand un hardi coup de main de M. de Céloron 
sauva toute la situation. 

M. l'abbé Ferland raconte ainsi la campagne de M. 
de Céloron : 

" M. de Céloron, dit-il, partit avec 200 Français et 
300 sauvages, pour attaquer le village des Chicachas ; 
il avait ordre, néanmoins, de leur accorder la paix s'ils 



— 20 — 

venaient la lui demander. Le 21 février 1740, Céloron 
avec sa petite bande, attaqua vigoureusement, et mit 
36 Chi cachas hors de combat. Se voyant si maltraités 
et craignant l'arrivée de toute l'armée, ils amenèrent 
leur drapeau du côté de Céloron. Il n'y avait eu que 
sept blessés, MM. de Gannes et de la Chauvignerie, et 
cinq sauvages." (*) 

Les Chicachas, pris de peur à la suite de la belle 
action de M. de Céloron, demandèrent la paix. M. de 
Bienville fut bien heureux de la leur accorder et, au 
mois d'avril 1740, il signait un traité de paix avec eux. 

Le parti de M. de Longueuil fut de retour dans la 
Nouvelle-France au printemps de 1741. En avril 
1741, M. de Longueuil, écrivant au ministre, lui disait 
au sujet de M. de Céloron : 

" Le sieur de Céloron, capitaine et très grand officier 
en tout, qui m'a joint sur le Micicipy, a conduit sa 
troupe de Français et de Sauvages avec toute la pru- 
dence possible ". 

Le 17 mai 1741, M. de Céloron était fait chevalier 
de l'Ordre Koyal et Militaire de Saint-Louis. 

Le ministre de Maurepas lui écrivait le jour même 
de sa nomination qu'il lui procurait la croix de Saint- 
Louis en considération des bons témoignages qu'il avait 
eu de lui dans sa campagne contre les Chicachas. 

Après son expédition contre les Chicachas, M. de 
Céléron descendit à Québec. 

Le gouverneur lui donna ordre de retourner comman- 
der à Michillimakinac. 

A l'automne de 1742, M. de Céloron était promu 
commandant au Détroit. 

Le 30 avril 1743, le président du Conseil de Marine 
approuvait M. de Beauharnois d'avoir nommé M. de 
Céloron commandant du Détroit, en remplacement de 
M. de Noyan. 



O Cours d'histoire du Canada, tome II, p. 471, 



— 21 — 

M. de Céloron resta un an au Détroit. 

En 1744, M. de Beauharnois donnait le commande- 
ment de Niagara à M. de Céloron. 

Le fort de Niagara n'était pas une forteresse inex- 
pugnable. Le Père de Bonnécamps écrivait en octobre 
1750: 

" Le Tort de Niagara est un quarré de pieux revêtu 
en dehors de pièces de chêne qui lient et fortifient tout 
l'ouvrage. Un grand corps de logis de pierres forme 
la courtine qui regarde le lac ; sa grandeur est à peu 
près la même que celle du fort Frontenac ( 1 ). Il est 
situé sur la rive orientale du canal par lequel se déchar- 
gent les eaux du lac Erié. On sera bientôt dans la 
nécessité de le transporter ailleurs, parce que la côte 
minée continuellement par les flots qui viennent s'y 
briser, s'écroule peu à peu et gagne sensiblement le 
pied du fort. Il serait avantageusement placé au-dessus 
de la chute sur un beau plateau où tous les canots 
sont obligés d'aborder pour faire le portage. Par là, on 
épargnerait aux sauvages, nation naturellement pares- 
seuse, la peine de faire trois lieues par terre, et pourvu 
qu'on diminuât le prix excessif des marchandises, on 
les dégoûterait insensiblement des Anglais et on rever- 
rait fleurir la traite qui est presque entièrement tom- 
bée." ( 2 ) 

Le 26 avril 1745, le président du Conseil de Marine 
écrit à M. Hocquart que les plaintes des Français et des 
Sauvages n'auraient pas été si persistantes si le sieur 
de Céloron, qui commande à Niagara, avait été mieux 
disposé à favoriser le bien-être de cette ferme. 

Deux jours plus tard, le 28 avril, il écrit à M. de 
Céloron lui-même à ce sujet. Il lui reproche les diffi- 
cultés et l'opposition qu'il a faites au fermier du poste 
de Niagara. S'il ne change pas sa ligne de conduite, 
le roi lui fera connaître son déplaisir. 



(*) Le fort Frontenac était un carré de soixante toises. 
( 2 ) Correspondance générale, Canada. 



— 22 — 

Le 28 octobre 1745, M. de Beauharnois apprenait 
au ministre de Maurepas qu'il avait été obligé de rem- 
placer M. de Céloron à Niagara. 

Au printemps de 1747, le gouverneur de la Nouvelle- 
France envoyait M. de Céloron prendre le commande- 
ment du fort Saint-Frédéric, à la Pointe- à-la- Cheve- 
lure (*) sur le bord du lac Champlain. 

M. de Boishébert écrivait au ministre de Maurepas, 
en novembre 1747 : 

" Dans les postes avancés où nous avons des garni- 
sons on y met de bons officiers. Par exemple au Fort 
Saint-Frédéric, où est à présent le plus fort de la 
guerre, proche des Flamands et où on passe aussi pour 
entrer du côté d'est dans le gouvernement de Boston 
et dans celui d'Orange vers le sud-ouest, c'est M. de 
Céloron qui y commande. Officier de grande capacité 
qui a commandé avec distinction dans plusieurs postes, 
à Michillimakinac où il a maintenu les sauvages (qui 
abordent de toutes parts) ainsi que les Français, en bon 
ordre, s'étant fait aimer des uns des autres... Il s'est 
acquis l'estime de tout le monde. Il mérite d'être 
avancé autant, étant un des bons officiers que nous 
avons et même un des plus anciens capitaines." ( 2 ) 

M. de Céloron resta un peu plus de six mois au Fort 
Saint-Frédéric. En novembre 1747, M. dé la Galisso- 
nière envoyait M. Sabrevois de Bleury le relever. 

En 1748, c'est M. de Céloron qui fut chargé de con- 
duire au Détroit l'important convoi destiné pour ce 
poste. M. Tarieu de Lanaudière lui fut donné comme 
second en commandement. 

Ce convoi était composé de cent Français, de dix ou 
douze sauvages Népissingiies et d'un grand nombre de 
coureurs de bois qui s'en allaient faire la traite. 

M. de Céloron était de retour à Québec le 5 septem- 
bre, après une absence de plus de trois mois. 



C 1 ) Aujourd'hui Crown-Point. 

(■) Correspondance générale, Canada, vol. 87. 



— 23 — 

Il s'était très bien acquitté de sa mission. Le gou- 
verneur de La Galissonnière écrivait à M. de Maurepas 
le 23 octobre 1748 : 

" Ce convoi a beaucoup imprimé (sic) aux Iroquois 
en passant au Fort Frontenac et à Niagara et aux au- 
tres nations qu'il a rencontrés et la nouvelle de sa pro- 
chaine venue a, je crois, déterminé plus qu'autres cho- 
ses les principaux chefs du Détroit à venir à Montréal 
où ils sont arrivés à peu près en même temps que les 
nations de Missilimakinac (*) ". 

Dès son arrivée dans la Nouvelle-France en 1747, 
M. de la Galissonière avait saisi l'importance pour la 
France d'avoir un chemin de communication entre ses 
deux colonies de la Nouvelle-France et de la Loui- 
siane. C'est dans ce but qu'il décida d'envoyer une 
expédition prendre formellement possession de la val- 
lée de l'Ohio que les commerçants anglais commen- 
çaient à fréquenter. 

Il fallait pour accomplir cette tâche un officier capa- 
ble, de tact et estimé des sauvages. M. de Céloron 
réunissait ces qualités. 

Les instructions que M. de la Galissonnière lui re- 
mit portaient de parcourir cet immense pays, d'aller 
chez les différentes nations qui l'habitaient, de les en- 
gager de le suivre pour être témoins de ce qu'il faisait, 
et de ne laisser désormais aucun Anglais venir com- 
mercer parmi eux. 

M. de Céloron devait, en outre, comme marques de 
sa prise de possession, déposer en terre, en différents 
endroits, des plaques de plomb gravées aux armes de 
France. Il devait, chaque fois, en dresser un procès- 
verbal signé de lui et des officiers qui l'accompagnaient. 

L'expédition partit de Lachine le 15 juin 1749. M. 
de Céloron avait sous ses ordres, un capitaine, M. Pé- 
caudy de Contrecœur, huit officiers subalternes, six 
cadets, vingt hommes de troupes, cent quatre-vingts 



C 1 ) Correspondance générale, Canada. 



— 24 — 

Canadiens, et environ trente sauvages, tant Iroquois 
qu'Abénakis. Parmi les officiers et cadets on comptait 
MM. de Joncaire, de Villiers, Le Borgne, la Saussaye, 
Joncaire de Chabert, Céloron fils, de Niverville de 
Courtemanche, de Joannes, etc., etc. Le Père de Bon- 
nécamps, Jésuite, accompagnait aussi le détachement 
en qualité d'aumônier. Les deux cent cinquante hom- 
mes de l'expédition se partageaient vingt-trois canots. 

Le 25 juin, M. de Céloron arrivait à l'embouchure 
de la rivière Oswetgatchie (*). M. l'abbé Picquet, Sul- 
picien, venait de fonder en cet endroit un établissement 
qu'il avait nommé la Présentation. Quarante arpents 
de terre étaient déjà défrichés. Le fort de pieux de huit 
pieds de hauteur n'étant pas encore terminé, M. Pic- 
quet était logé sous un cabane d'écorce à la façon des 
sauvages. 

Le 27 juin, sur les cinq heures du soir, l'expédition 
atteignait le fort Frontenac (Cataracoui). M. de Célo- 
ron fit reposer son monde deux jours et en profita pour 
faire réparer ses canots qui avaient été extrêmement 
endommagés dans les rapides. 

Le 6 juillet, on arrivait au fort Niagara. M. de Cé- 
loron rencontra ici M. de Sabre vois, qui allait relever 
M. Le Moyne de Longueuil au commandement de 
Détroit. Il en profita pour écrire à M. de Longueuil 
que si les Sauvages de son poste avaient le dessein de 
venir le rejoindre de ne pas différer à les faire partir. 
Il leur donnait rendez- vous à Stioto entre le 9 et le 12 
d'août. 

Le 7 juillet, M. de Contrecœur, capitaine en second 
du détachement, partit avec les officiers subalternes et 
tous les canots pour aller faire le portage de Niagara, 
qui était un des plus rudes et des plus longs de tout 
le trajet. 

Le 14 juillet, l'expédition entrait dans le lac Erié. 



( x ) Aujourd'hui Ogdensburg. 



— 25 — 

Le 22 juillet, on campait sur le bord du lac Chata- 
koin C 1 ). 

Les 23 et 24 juillet, le détachement passa le lac puis 
la rivière Chatakoin. 

Le 25 juillet, avant de se mettre en marche, M. de 
Céloron assembla en conseil de guerre ses officiers et les 
Sauvages. La veille, on avait trouvé des cabanes 
abandonnées avec tant de précipitation que les usten- 
siles et les vivres n'avaient pas même été enlevés. De 
l'avis de tous, il fut décidé d'envoyer M. de Joncaire 
rejoindre ces sauvages et leur donner trois branches de 
porcelaine pour les inviter à se rassurer. 

Le 29 juillet, à midi, M. de Céloron entrait enfin dans 
la Belle-Eivière (Ohio) ( 2 ). C'est là que le rôle effectif 
du chef de l'expédition commençait. 

Il prit possession au nom du roi de France de la 
Belle-Eivière, et de toutes celles qui y tombaient. 
Puis il fit attacher à un arbre les armes du Koi, frap- 
pées sur une feuille de fer- blanc. Enfin, une plaque de 
plomb fut enterrée au pied d'un chêne rouge, par les 
42* 5' 23". Elle portait pour inscription : 

"L'an 1749, du règne de Louis XV, roy de France, 
nous Céloron, commandant d'un détachement envoyé 
par monsieur le marquis de la Galissonière, comman- 
dant général de la Nouvelle-France, pour rétablir la 
tranquillité dans quelques villages sauvages de ces 
cantons, avons enterré cette plaque au confluent de 
l'Ohio et Detchadakoin ce 29 juillet près de la rivière 
Oyio, autrement Belle Eivière, pour monument du 
renouvellement de possession que nous avons pris de 
la dite rivière Oyio et de toutes celles qui y tombent 
et de toutes les terres des deux côtés jusque aux sour- 
ces des dites rivières, ainsi qu'en ont joui ou dû jouir les 
précédents rois de France et qu'ils s'y sont maintenus 



0) Le Père de Bonnécamps écrit Yjadakoin. 

( 2 ) Cette partie de l'Ohio est maintenant appelé Alleghany. 



— 26 — 

par les armes et par les traités spécialement par ceux 
de Riswick, d'Utrecht et d'Aix la Chapelle." 

Le même jour, M. de Céloron passa la village de 
Kanaouagon (aujourd'hui Conewango). Après échange 
de civilités, il invita les habitants de ce village à se 
rendre au village de la Paille Coupée pour entendre ee 
qu'il avait à leur dire de la part de leur père Onon- 
thio. 

Le lendemain, 30 juillet, M. de Céloron se rendait 
à la Paille Coupée. Ce village était habité par des Iro- 
quois. Il y eut là présentation de branches de porce- 
laine et échanges de discours par l'entremise de M. de 
Joncaire, qui était adopté par les Iroquois et possédait 
bien leur langue. Les Iroquois, orateurs habiles, rirent 
des compliments à M. de Céloron. " Nous sommes 
charmés, lui firent-ils dire, que notre Père Ononthio 
t'ait choisi pour nous faire savoir ses intentions. Ce 
n'est pas d'aujourd'hui que nous te connaissons ; tu 
nous as gouverné à Niagara, et tu sais que nous n'a- 
vons fait que ta volonté." Ils lui promirent aussi de 
ne jamais recevoir d'Anglais chez eux. 

Le 2 août, M. de Céloron rencontra les Loups. Il 
leur ordonna, au nom du roi de France, de chasser les 
Anglais de leurs terres. Les Loups se rebiffèrent un peu. 
" Examinez, Père, la situation dans laquelle nous som- 
mes. Si vous faites retirer les Anglais, qui nous don- 
nent nos besoins, et particulièrement le forgeron qui 
raccommode nos fusils et nos haches, nous allons rester 
sans secours et exposés à mourir de faim et de misère 
dans la Belle Kivière. Aie pitié de nous, mon Père, 
tu ne peux nous donner pour le présent nos besoins ; 
laisse- nous au moins pour cet hiver ou du moins jus- 
qu'à ce que nous allions en chasse, le forgeron et quel- 
qu'un qui puisse nous aider ; nous te promettons qu'au 
printemps les Anglais se retireront." 

Le lendemain, 3 août, le détachement continua sa 
route jusqu'au village de la Rivière aux Bœufs. Ses 
habitants, à part cinq ou six Iroquois, avaient gagné les 



— 27 — 

bois. M. de Céloron leur parla comme il l'avait fait la 
veille aux Loups, puis il se rembarqua. Le soir, il fit 
attacher les armes du Eoi à un arbre et il fit enterrer 
uae plaque de plomb dont l'inscription était la même 
qu'il avait placée à l'entrée de la Belle Eivière. Il en 
dressa ensuite le procès- verbal suivant : 

" L'an 1749, nous Céloron, chevalier de l'ordre royal 
et militaire de Saint-Louis, capitaine, commandant le 
détachement envoyé par les ordres de M. le marquis de 
La Galissonière, commandant général du Canada, dans 
la Belle-Bivière, autrement dite l'Ohio, accompagné des 
principaux officiers de notre détachement, avons enterré 
sur la rive méridionale de l'Ohio, à 4 lieues au-dessous 
de la Eivière aux Bœufs, vis-à-vis d'une montagne 
pelée et auprès d'une grosse pierre sur laquelle on voit 
plusieurs figures assez grossièrement gravées, une pla- 
que de plomb, et attaché dans le même lieu, à un arbre, 
les arbres du Eoy. En foy de quoy nous avons signé 
le présent procès-verbal, fait à notre camp le 3 août 
1749." 

Le 6 août, M. de Céloron arrivait au village d'Atti- 
gné ( 2 ), où M. Chabert de Joncaire l'avait précédé pour 
rassurer ses habitants. Ceux-ci cependant n'en avaient 
pas moins pris la fuite. 

Le même jour, le détachement passa à l'ancien vil- 
lage des Chaouanons, abandonné depuis 1045. M. de 
Céloron rencontra en cet endroit six ( 2 ) Anglais avec 
cinquante chevaux et environ cent cinquante paquets ( 3 ) 
de pelleteries. Il les somma par écrit de se retirer dans 
leur pays. Les Anglais, par peur ou autrement, con- 
vinrent qu'ils n'avaient aucun droit de commercer sur 
ce territoire et promirent de n'y plus revenir. M. de 
Céloron leur remit la lettre suivante pour le gouver- 
neur de la Pennsylvanie : 



(*) Le Père de Bonnécamps écrit Atigné. 

( 2 ) Le Père de Bonnécamps dit cinq. 

( 3 ) Le Père de Bonnécamps dit une quarantaine. 



— 28 — 

" Ayant été envoyé, avec un détachement, dans ces 
quartiers par les ordres de M. le marquis de la G-alis- 
sonière, commandant général de la Nouvelle-France, 
pour réconcilier entre elles quelques nations sauvages, 
qui s'étaient brouillées à l'occasion de la guerre qui 
vient de finir, j'ai été très surpris de trouver des négo- 
ciants de votre gouvernement dans ce pays, sur lequel 
l'Angleterre n'a jamais eu aucune prétention. Je les ai 
traités avec toute la douceur possible, quoique je fusse 
en droit de les regarder comme des interlopes et des 
gens sans aveu, leurs entreprises étant contraires aux 
préliminaires de la paix signée depuis plus de quinze 
mois. 

'• J'espère, Monsieur, que vous voudrez bien, à l'ave- 
nir, défendre ce commerce, qui est contre les traités, et 
faire avertir vos négociants qu'ils s'exposent beaucoup, 
s'ils reviennent dans ces contrées, et qu'ils ne doivent 
imputer qu'à eux les malheurs qui pourront leur 
arriver. Je sais que notre commandant général serait 
très fâché d'en venir à quelques violences, mais il a des 
ordres très précis de ne point laisser des négociants 
étrangers dans son gouvernement." 

Le 7 août, M. de Céloron entrait au village du 
Kocher Ecrit, habité par des Iroquois. Ceux-ci avaient 
une vieille femme pour chef. Elle était, paraît-il, 
entièrement dévouée aux Anglais. M. de Céloron 
rencontra encore six négociants anglais au Eocher 
Ecrit. Il leur fit la même sommation qu'il avait faite 
à leurs compatriotes la veille. 

Le 8 août, le détachement arriva à Chiningué, villa- 
ge iroquois assez considérable. Trois pavillons français 
et un pavillon anglais flottaient sur les cabanes. M. de 
Céloron fit dire aux Iroquois d'abattre ce pavillon 
anglais ou qu'il le ferait ôter lui-même. On s'empressa 
de se rendre à son ordre. Ici encore il y eut présen- 
tation de cadeaux et échanges de civilités. Toujours 
habiles, les Iroquois dirent à M. de Céloron : "Tu as 
dû remarquer par les pavillons, que tu as vus sur notre 



— 29 — 

village, que notre cœur est entièrement français. Les 
jeunes gens, sans en connaître la conséquence en 
avaient mis un, qui t'avaient déplu. Sitôt que nous 
l'avons su, tu l'as vu tomber ; il n'avait été mis que 
par parade et pour divertir la jeunesse, sans penser 
que la chose pût te déplaire ". 

M. de Celeron resta quatre jours dans ce village. Il 
fut sur le qui- vive tout le temps, car les habitants, au 
dire de M. de Joncaire, étaient perfides et auraient 
attaqué les Français s'ils en avaient eu la chance. 

Le 12 août, M. de Céloron rencontra encore des An- 
glais ; seulement, il ne put rien tirer d'eux, parce qu'ils 
ne parlaient ni ne comprenaient le français et que l'ex- 
pédition ne comptait personne parlant l'anglais. 

Le 13 août, M. de Céloron fit attacher à un arbre 
les armes du Eoi et enterrer une plaque de plomb à 
l'entrée de la rivière Kanououara, est-sud de la Belle 
Kivière. Le procès-verbal suivant en fut dressé : 

" L'an 1749, nous Céloron, chevalier de l'ordre royal 
et militaire de Saint-Louis, capitaine, commandant le 
détachement envoyé par les ordres de M. le marquis de 
La Galissonière, commandant général en Canada, dans 
la Belle Rivière, accompagné des principaux officiers de 
notre détachement, avons enterré au pied d'un gros 
orme, à l'entrée de la Rivière et sur la rive septentrio- 
nale de Kanououara, qui se décharge à l'Est de la 
rivière Oyo, une plaque de plomb et fait attacher, dans 
le même lieu, à un arbre, les armes du Roy. En foi de 
quoi avons dressé et signé avec MM. les officiers le 
présent procès-verbal. A notre camp, le 13 août 1749." 

Le 15 août, M. de Céloron fit enterrer sa quatrième 
plaque à l'entrée de la rivière Yenanguakouan et en 
dressa le procès-verbal qui suit : 

"Le 15 août 1749, nous Céloron, chevalier de Tor- 
dre royal et militaire de Saint- Louis, capitaine, com- 
mandant du détachement envoyé par les ordres de M. 
le marquis de la Galissonnière, commandant général 
en Canada, dans la Belle Rivière, autrement dit la 



— 30 — 

rivière Oyo, accompagné des principaux officiers du 
détachement, avons enterré au pied d'un érable, qui 
forme un trépied avec un chêne rouge et un orme, à 
l'entrée de la rivière Yenanguakouan, sur la rive occi- 
dentale de cette rivière, une plaque de plomb, et atta- 
ché dans le même lieu à un arbre les armes du Koy. 
En foy de quoy, nous avons dressé le présent procès- 
verbal avec MM. les officiers. A notre camp, le 15 
août 1749 ". 

Les 16, 17 et 18 août, le détachement passa plusieurs 
belles rivières dont tout le monde ignorait les noms. 

Ce dernier jour, une cinquième plaque de plomb fut 
enterrée à l'entrée de la rivière Chinondaista. ( 2 ) On 
dressa là un procès- verbal de la prise de possession : 

" L'an 1749, nous Céloron, chevalier de l'ordre royal 
et militaire de Saint- Louis, capitaine, commandant du 
détachement envoyé par les ordres de M. le marquis de 
la Galissonière, commandant général en Cauada, dans 
la Belle Eivière, autrement dit l'Oyo, accompagné de3 
principaux officiers de notre détachement, avons enterré 
au pied d'un orme, sur la rive méridionale de l'Oyo et 
la rive orientale de Chinondaista, une plaque de plomb, 
et avons, dans le même lieu, appliqué à un arbre les 
armes du Eoy. En foi de quoi nous avons dressé le 
présent procès- verbal, que nous avons signé avec MM. 
les officiers. A notre camp, le 18 août 1749." ( 3 ) 



(*) Vers 1815, des petits garçons se baignant dans la 
rivière Muskingum trouvèrent la quatrième plaque enterrée 
par M. de Céloron. Elle est maintenant dans le musée de la 
American Antiquary Society. Mais cette plaque avait dû être 
déposée à l'embouchure de la rivière Venango, au-dessus de 
Pittsburg dans l'état de Pennsylvanie. On trouvera dans le 
second volume d'un ouvrage publié à Cambridge en 1836 et 
intitulé Archœlogia Americana une étude de M. De Witt Clin- 
ton sur la découverte de cette plaque. 

( 2 ) Aujourd'hui Great Kanawha. 

( 3 ) La cinquième plaque enterrée par M. de Céloron fut 
retrouvée par un enfant en 1848. On en trouvera une gravure 
dans l'ouvrage Olden Times, (vol. 1er, p. 288). 



— 31 — 

Le 21 août, un conseil de guerre décida de prévenir 
les Sauvages de Styotok ( 2 ) de l'arrivée prochaine du 
détachement dans leur bourgade. MM. de Joncaire et 
de Niverville accompagnés de deux chefs sauvages 
furent délégués pour cet objet. Les habitants de Styotok, 
paraît-il, étaient très mal disposés. 

C'est le lendemain, 22 août, que le détachement par- 
vint à Styotok. Les chefs du village invitèrent M. de 
Céloron d'entrer dans la cabane du conseil pour leur 
transmettre le message de leur père Ononthio. Le chef 
du détachement français, qui venait d'apprendre qu'ils 
avaient reçu la veille ses délégués, MM. de Joncaire et 
de Niverville, avec des coups de fusils et des menaces, 
ne s'en laissa pas imposer. Il leur répondit que ce 
n'était pas à lui d'aller à eux mais à eux d'aller à lui, 
qu'il les attendait le lendemain dans son camp pour 
entendre la parole de leur père. 

Le 22 ( 2 ) août, ils se décidèrent en rechignant à se 
rendre au camp français. M. de Céloron leur parla 
assez rudement, comme ils le méritaient. " Quand M. 
de Longueuil a passé par ici pour aller aux Chicachas, 
leur dit-il, tu fus au-devant de lui, et, par toutes sortes 
d'endroits, tu lui marquas la bonté de ton cœur et tes 
sentiments. Il ne t'avait pourtant pas fait avertir de 
son arrivée, mais tu avais, dans ce temps-là, le cœur 
français, et, aujourd'hui, tu te laisses corrompre par 
l'Anglais, qui habite avec toi continuellement et qui, 
sous prétexte de te donner quelques secours, ne cher- 
che qu'à te perdre. Fais réflexion aux justes reproches 
que je te fais et défais-toi de ces mauvaises gens, qui 
seront, si tu n'y prends garde, la ruine de sa nation." 

Le 30 août, M. de Céloron fit enterrer sa dixième et 
dernière plaque de plomb à l'entrée de la rivière à la 
Eoche. Comme aux autres endroits il en dressa un 
procès- verbal : 



0) Le Père de Bonnécamps écrit Siaioto. 
( 3 ) Le Père de Bonnécamps dit le 23. 



— 32_ 

" L'an 1749, nous Céloron, chevalier de l'ordre royal 
et militaire de Saint Louis, capitaine, commandant un 
détachement, envoyé par les ordres de M. le marquis 
de la Galissonière, commandant général en Canada, 
dans la Belle Kivière, autrement dit l'Ohio, accompagné 
des principaux officiers de notre détachement, avons 
enterré sur la pointe formée par la rive droite de l'Ohio 
et la rive gauche de la Kivière à la Eoche, une plaque 
de plomb et attaché à un arbre les armes du Eoy. En 
foi de quoi, avons dressé et signé avec MM. les offi- 
ciers, le présent procès- verbal." 

Il y avait tellement peu d'eau dans la rivière à la 
Eoche que l'expédition prit treize jours à la remonter. 

Le 13 septembre, M. de Céloron arrivait au village 
de la Demoiselle, habité par des Miamis. Il attendit là 
pendant cinq jours un interprète miamis, qu'il avait de- 
mandé à M. de Eaymond. L'interprète n'arrivant pas, 
il se décida le 17 septembre, à parler aux Miamis par 
le moyen d'un Iroquois qui parlait bien leur langue. 
Il conseilla aux Miamis d'abandonner le village de la 
Demoiselle pour revenir à leur ancienne bourgade de 
Kiskakou. 

Le 26 septembre, le détachement arrivait à Kiska- 
kon, habité par les Miamis. Ce poste était commandé 
par M. de Eaymond. M. de Céloron était rendu au 
point extrême de son voyage. 

Le 27 septembre, commençait le voyage de retour. 
M. de Céloron manquant de pirogues, une partie de 
son monde revint par terre jusqu'au bas du Détroit où 
ils arrivèrent le 6 et le 8 octobre. Là, on trouva des 
canots et des vivres pour tout le monde. 

Le 19 octobre, l'expédition campait à Niagara. 

La traversée du lac Ontario dura quatorze jours, à 
cause de l'impétuosité du vent. 

Le 6 novembre, on était au fort Frontenac. 

Le trajet du fort Frontenac à Montréal se fit en trois 
jours. 



— 33 — 

Le 12 (*) novembre, M. de Céloron était auprès de 
M. de la Jonquière, à Québec, pour lui rendre compte de 
l'expédition dont l'avait chargé M. de la Galissonière. 

Pendant les cinq mois et dix-huit jours qu'avait 
duré cette campagne, malgré les fatigues, la mauvaise 
chère, les dangers des rapides, etc., M. de Céloron 
n'avait perdu qu'un seul homme, noyé, au début du 
voyage, au coteau du Lac. 

A l'estime du Père de Bonnécamps, aumônier de l'ex- 
pédition, " grand mathématicien ", lequel avait donné 
une extrême attention à la route, le trajet avait été de 
1200 lieues. M. de Céloron et ses officiers estimaient 
cependant avoir fait plus que cela. 

En conclusion, M. de Céloron déclarait : 

" Tout ce que je puis dire, c'est que les nations de 
ces endroits sont très mal disposées pour les Français 
et dévouées entièrement à l'Anglais. Je ne sais par 
quelle voie on pourra les ramener. Si l'on emploie la 
violence, ils seront avertis et prendront la fuite. Ils 
ont un grand asile chez les Têtes Plates, dont ils ne 
sont pas beaucoup éloignés. Si l'on y envoie en com- 
merce, nos négociants ne pourront jamais donner nos 
marchandises au prix de l'Anglais par la quantité de 
frais qu'ils sont obligés de faire." 

Le Père de Bonnécamps revint de cette expédition 
avec une très haute opinion de M. de Céloron. 

" Pour ce qui est de M. de Céloron, écrivait-il à M. 
de la Galissonière le 17 octobre 1750, c'est un homme 
attentif, clairvoyant, actif, ferme, pliant à propos, 
fécond en ressources et plein de résolution ; un homme 
enfin, fait pour commander. Je ne suis pas flatteur et 
je ne crains point que ce que je dis me fasse passer 
pour l'être ( 2 ) ". 



(*) Le Père de Bonnécamps dit le 18. 

(*) M. Parkinan, dans son ouvrage Montcalm and Wolfe 
(édition Champlain, vol. I, pp. 39 et seq.), donne un bon 
aperçu de l'expédition de M. Céloron de Blainville. Seule- 
3 



— 34 — 

Pendant que M. de Céloron mettait la dernière main 
aux préparatifs de son expédition dans la vallée de 
l'Ohio, le roi le nommait, pour la seconde fois, au 
commandement du poste de Détroit, mais cette fois 
avec le titre de major. Sa commission, signée le 1er 
mai 1749, ne parvint à Québec qu'à la fin de l'été de 
la même année. 

Le 13 mai 1749, le président du Conseil de Marine 
faisait part à MM. de la Jonquière et Bigot de la no- 
mination de M. de Céloron. Son salaire était fixé à 
1200 livres. Une gratuité de 3000 livres, à prendre 
sur le fonds des congés, lui était aussi accordée. 

Le président du Conseil de Marine entretenait en 
même temps le gouverneur et l'intendant des nom- 
breux avantages qu'offrait le poste de Détroit. Les 
commandants de ce poste, disait- il, n'ont jamais essayé 
d'établir des colons ou des habitants dans les environs. 
Ils n'avaient pas d'autre but que la traite. MM. de 
Beauharnois et Hocquart, autrefois, avaient proposé de 
nommer des commandants permanents au Détroit, qui 
n'auraient aucun intérêt dans le commerce. M. de la 
Galissonière était de la même opinion. Il fallait 
maintenant essayer de mettre ce projet à exécution. 



ment il le nomme tout le temps Céloron de Bienville, croy- 
ant, sans doute, qu'il appartenait à la famille LeMoyne de 
Bienville. Le Journal de M. de Céloron est conservé aux 
archives de la Marine à Paris. Il a été publié par M. Mar- 
gry, dans son ouvrage Mémoires et documents pour servir à 
Vhistoire des origines françaises des pays d 1 outremer, vol. VI, 
pp. 666-726. Une traduction anglaise en a été publiée par le 
Révérend M. A. A. Lambing, dans les Catholic Historical Re- 
searches, 1885-1886. La Relation du voyage de la Belle Ri- 
vière fait en 17^9, par le Père de Bonnécamps a été publié 
dans les Jesuit Relations and allied documents, vol. LXIX, p. 
150. M. l'abbé Auguste Gosselin a cité cette relation pres- 
que en entier dans son étude sur le Père de Bonnécamps, 
publiée dans les Mémoires de la Société Royale du Canada, 
en 1894 et 1895. Sur l'expédition de M. de Céloron on peut 
aussi consulter Magazine of American History, mars 1878, 
article de L.-0.-H. Marshall; Transactions American Anti- 
quarian Society, vol. II j Darlington, Gists Journal, p. 274. 



— 35 — 

C'est pourquoi M. de Céloron était choisi comme com- 
mandant de Détroit ( 1 ). 

Le commandement de Détroit était un des emplois 
militaires les plus recherchés de toute la colonie. 

Un mémoire anonyme écrit à peu près vers cette 
époque fait la description suivante du poste de Détroit 
au moment où M. de Céloron en prenait le commande- 
ment. 

" L'enceinte du fort est assez considérable, et peut 
contenir cent cinquante à deux cents maisons ; l'église 
paroissiale est desservie par les Eécollets; les Jésuites 
ont de l'autre côté de la rivière une mission assez bien 
bâtie ; il y a deux lieues de terrain le long de la ri- 
vière établie par des habitants ; le climat en est très 
doux; les fruits de l'Europe, et les légumes y viennent 
à merveille. Les bois sont remplis de vignes qui por- 
tent en abondance d'excellents raisins, quelques-uns 
même qui tiennent du muscat; on y trouve aussi des 
pêches, des groseilles, et une espèce de fruit qui par sa 
ressemblance se nomme citron, mais qui n'en a ni la 
grosseur ni le goût ; les bois sont encore garnis de bêtes 
fauves, de quantité de dindes sauvages, dont la gros- 
seur l'emporte sur les nôtres, mais qui ne se laissent 
pas attraper si aisément, étant farouches, et courant 
avec beaucoup de légèreté : il y a encore beaucoup de 
cailles et de faisans, en sorte que c'est un pays abon- 
dant en tout ce qui est nécessaire à la vie. Il y croît 
aussi beaucoup d'herbes médicinales... " ( 2 ) 

De son côté, le Père de Bonnécamps qui passa au 
Détroit en 1750 trouva charmante la situation du fort 
et de tout le pays environnant. 

" J'ai demeuré trop peu de temps au Détroit pour 
pouvoir vous en faire une description exacte, écrivait-il 
à M. de la Galissonière le 17 octobre 1750. Tout ce 



(*) Minutes des lettres, ordres du roi et dépêches (3e 
partie). Canada. Série B. Vol. 89. Folio 80 et 89. 

( 2 ) Mémoires sur le Canada depuis 17^9 jusqu'à 1760, p. 11. 



— 36 — 

que je puis vous en dire, c'est que la situation m'a 
paru charmante. Une belle rivière passe au pied du 
fort ; de vastes campagnes, qui ne demandent qu'à être 
cultivées, s'étendent à perte de vue. Kien de plus doux 
que le climat. A peine y compte-t-on deux mois 
d'hiver. Les fruits d'Europe et surtout les blés y vien- 
draient beaucoup mieux qu'en plusieurs cantons de la 
France. C'est la Touraine et la Beauce du Canada. De 
plus on doit regarder le Détroit comme un des postes 
les plus importants de la colonie ; il est à portée de 
donner du secours à Michillimakinac, à la Kivière Saint- 
Joseph, à la Baie, aux Miamis, aux Ouiatanous et à la 
Belle Kivière, supposé qu'on y fasse des établissements. 
Ainsi on ne saurait y jeter trop de monde ; mais où le 
prendre ce monde ? Ce n'est pas au Canada. Les 
colons que vous y envoyâtes l'année dernière se sont 
contentés de manger la ration que le Koi leur donnait ; 
quelques-uns même d'entre eux, emportés par leur 
légèreté naturelle, ont quitté le pays et sont allés cher- 
cher fortune ailleurs. Combien de pauvres laboureurs 
en France seraient charmés de trouver un pays qui 
leur fournirait abondamment de quoi les dédommager 
de leurs travaux et de leurs sueurs. Le Fort du 
Détroit est un quarré long ; je n'en sais pas les dimen- 
sions, mais il m'a paru grand " (*) 

M. de Céloron garda le commandement du Détroit 
un peu plus de trois années. 

Il fut relevé et remplacé en 1754 par M. Daneau de 
Muy. 

L'auteur anonyme que nous venons de citer explique 
ainsi sa disgrâce : 

" La conduite hautaine du sieur de Céloron porta 
les habitants à faire des plaintes contre lui, et celle 
qu'il tint à ce sujet, avec les généraux, les obligea 
d'écrire contre lui et de le relever, c'est ce qui arriva 
sous M. Duquesne... C'était une perte pour le corps 

0) Correspondance générale, Canada, 



— 37 — 

des officiers canadiens, car il était brave, intelligent et 
capable de commander ; il eut des ennemis qui le per- 
dirent, et sa hauteur ne lui permit pas de prendre les 
biais qu'il fallait pour les détruire (}) ". 

Les plaintes des administrés du sieur de Céloron ne 
furent pas les seules raisons qui amenèrent son rem- 
placement par M. Daneau de Muy. 

En 1751 et 1752, M. de la Jonquière avait porté des 
plaintes sérieuses contre M. de Céloron. Il se plaignait 
surtout qu'il n'avait pas exécuté les ordres qu'il lui 
avait donnés de détruire les Miamis et autres rebelles ( 2 ). 

Le gouverneur Duquesne nomma M. de Céloron à 
la majorité de Montréal. Nommé en 1753, il n'entra 
cependant en charge qu'au milieu de 1754. 

Le 10 octobre 1754, le gouverneur Duquesne écri- 
vait au ministre, M. de Machault : 

" J'ai l'honneur de vous témoigner ma satisfaction 
de ce que vous avez jugé à propos de différer le rem- 
placement qu'il y avait à faire dans cette colonie, ce 
qui me donne aujourd'hui occasion de ne proposer que 
des sujets bien connus et dont la plupart se sont dis- 
tingués à la rivière Oyo (Ohio). 

11 Sur ce que vous m'avez fait l'honneur de me man- 
der l'année dernière de vous proposer un sujet pour 
remplacer la lieutenance de Eoy des 3-Kivières et 
ayant quelques raisons de me contenter de la conduite 
du sieur de Céloron, je l'ai relevé ce printemps pour 
remplir la majorité de Montréal qui devait vacquer par 
l'avancement du sieur de Noyan, et la raison qui m'a 
fait presser de faire revenir ce major commandant au 
Détroit a roulé en partie sur le peu de confiance que 



C 1 ) Mémoires sur le Canada, depuis 1749 jusqu'à 1760, p. 12. 

(') Correspondance générale, vol. 97, folio 162 ; Richard, 
Rapport sur archives pour 1901, p. 155 ; O'Callaghan, Docu- 
mentary History of the State of New- York, vol. X, pp. 242, 
245, 246, 248, 249, 251. 



— 38 — 

j'avais en cet officier pour les mouvements dont son 
poste devenaient susceptible par le passage du détache- 
ment au Portage de la Demoiselle. 

" Comme il me fallait au Détroit un commandant 
sur lequel je puis compter, je me félicite d'avoir fait 
choix du sieur De Muy, qui est le meilleur officier de 
cette colonie et à qui je connaisse plus de valeur, de 
talents, de probité et plus de capacités pour un établis- 
sement de cette importance. 

" Je veux bien croire que le sieur de Céloron aurait 
exécuté mes ordres, mais son exemple de désobéissance 
vis-à-vis monsieur le marquis de la Jonquière ne m'a- 
vait point du tout tranquillisé sur les opérations déli- 
cates qui devaient rouler sur luy. 

" D'ailleurs, le Détroit me paraissait si bouleversé 
par les plaintes que je reçus de toute part que, quand 
même je n'aurais pas espéré qu'il fut placé à Montréal, 
j'aurais été forcé de le relever en attendant vos ordres, 
au lieu que le calme y règne à présent et qu'en vérité 
le sieur De Muy y a fait des prodiges. 

" Je croirais, monseigneur, manquer à la délicatesse 
de mes sentiments si, après avoir instruit des défauts 
du sieur de Céloron, je vous laissais ignorer toutes les 
qualités que cet officier possède et que j'ai remarquées 
en luy dans les questions que je luy ai fait : 

" 1° Il connaît parfaitement la colonie et il est ce 
qu'on appelle officier. 

" 2° Son esprit et son expérience le mettent en état, 
quand il voudra de bien instruire un général. 

" On s'est aperçu que la leçon qu'il vient d'essuyer 
a beaucoup diminué de la hauteur de son esprit, contre 
lequel il m'a promis d'être en garde le reste de sa vie, 
ce qui m'engage à vous demander pour luy l'expecta- 
tive de la première majorité du gouvernement vacante 
et comme il est toujours payé en qualité de major, je 
vous prie de vouloir bien accorder le brevet de major 
commandant du Détroit au sieur de Muy, et en cas 



— 39 — 

que cette augmentation d'appointements fasse un ob- 
etacle, ce dernier ne jouira des appointements de major 
que lorsque le sieur de Céloron sera placé." (*) 

Le 15 mai 1755, le président du Conseil de Marine 
écrivait à M. de Vaudreuil que le commandement du 
Détroit ne serait pas enlevé à M. de Céloron pour le 
présent, mais qu'il était entendu qu'il serait donné à 
M. de Muy aussitôt qu'un nouveau commandement 
aurait été trouvé pour M. de Céloron. En attendant M. 
de Muy devait agir comme major de Détroit. 

Le marquis de Montcalm écrivait dans son Journal, 
à la date du 17 juin 1758 : 

" Les sauvages des environs du Détroit, ainsi que 
les habitants, redemandent par colliers M. Dumas, à 
qui on doit la justice d'avoir toujours bien rempli 
parmi ces nations, malgré ce que les Canadiens vou- 
draient persuader qu'un Français n'entend pas à mener 
ces nations. Le poste du Détroit exige un homme de 
tête, vaut à un galant homme six mille livres de rente 
et exige qu'on en fasse un gouvernement particulier. 
Grande brigue dans la colonie pour cette place. Les 
vœux de la colonie seraient qu'on y renvoyât M. de 
Céloron, disgracié sous MM. de la Jonquière et Du- 
quesne et qui ne paraît pas prendre faveur sous celui- 
ci " ( 2 ). 

M. de Céloron décéda à Montréal le 12 avril 1759, 
à l'âge de 65 ans, et fut inhumé le surlendemain en la 
chapelle Saint-Joseph. 

Il avait épousé, à Montréal, le 30 décembre 1724, 
Marie-Madeleine Blondeau, fille de Maurice Blondeau 
et de Suzanne Charbonnier dit Lamoureux. ( 3 ) 



0) Correspondance générale, volume 99, folio 273. 

(') Journal du marquis de Montcalm durant ses oampagnes 
en Canada de 1756 à 1759, p. 369. 

(*) Mgr Tanguay {Dictionnaire généalogique) la dit u veuve 
de Charles- Joseph LeGardeur de Kepentigny." L'acte de 
mariage dit simplement ll âgée de 21 ans." 



— 40 — 

Elle décéda à Montréal le 1er juin 1733. 

En secondes noces, à Montréal, le 13 octobre 1743, 
M. de Céloron se maria à Catherine Eury de la Pérelle, 
fille de François Eury, sieur de la Pérelle, major de 
l'île Eoyale, et de Charlotte Àubert de la Chesnaye. 

En février 1760, le Eoi accordait à madame de Cé- 
loron une pension de 300 livres. Elle ne toucha jamais 
un sou de cette pension, étant restée en Canada, deve- 
nue terre anglaise. Par lettre, en date du 17 septem- 
bre 1775, madame de Céloron cédait ses droits à la 
pension à ses deux fils, Pierre-Joseph II et Paul-Louis. 

Onze ans après la mort de son mari, elle demanda 
son admission chez les Sœurs de Charité, à Montréal. 

Nous lisons dans la Vie de Mme d'Youville, fonda- 
trice des Sœurs de la Charité : 

" Madame d'Youville l'année qui précéda sa mort, 
reçut une autre sœur, Catherine La Pérelle, veuve 
Céloron, qui ne se rendit pas moios utile à la commu- 
nauté. Cette dame, née à Louisbourg, avait placé, parmi 
les pensionnaires de l'Hôpital- Général, ses deux demoi- 
selles qui puisèrent auprès de Mme d'Youville le goût de 
la piété et le dévouement envers les malheureux. Car 
l'aînée ne quitta l'hôpital que pour se consacrer au 
service des malades, parmi les sœurs de l'Hôtel-Dieu, 
où elle fit en effet profession et devint même dans la 
suite supérieure ; et l'autre entra dans la communauté 
des sœurs grises. Mais Dieu l'ayant appelée à lui 
avant qu'elle eût achevé son noviciat, sa mère s'offrit 
elle-même pour prendre sa place, et Mme d'Youville, 
qui connaissait à fond son mérite et ses vertus, la reçut 
avec joie malgré son âge un peu avancé. "Mme 
Céloron est sœur grise, écrivait-elle le 22 septembre 
1770, et a la robe depuis six mois. Elle n'est pas 
jeune, mais elle est bonne et d'une vertu peu com- 
mune." La sœur La Pérelle, car c'est ainsi qu'elle fut 
appelée dans la communauté, joignait d'ailleurs aux ver- 
tus de son état une bonne éducation et un esprit cul- 



— 41 — 

tivé. Elle fit profession le 3 juillet 1771. Son mérite 
distingué la fit nommer dans la suite maîtresse des 
novices, et dans l'exercice de cette charge importante, 
qu'elle occupa l'espace de quatorze ans, elle servit très 
utilement la maison jusqu'à sa mort, arrivée le 3 
novembre 1797. Ce fut la dernière des sœurs que 
Mme d'Youville reçut à la profession." 

M. de Céloron eut quinze enfants, cinq de son pre- 
mier mariage et dix du second : 



Pierre-Joseph Céloron de Blainville (*) 

Né à Montréal le 4 août 1726. 

En 1741, son père obtenait pour lui une expectative 
d'enseigne en second. 

Il fut fait enseigne en second l'année suivante. 

Le 1er mai 1749, il était promu enseigne en pied. 

Cette même année 1749, M. de Céloron accompa- 
gnait sen père dans son voyage de l'Ouest. 

En 1755, il devenait lieutenant. 

En février et mars 1757, M, de Céloron fit partie de 
l'expédition de M. Kigaud de Vaudreuil contre le fort 
Georges. 

En 1759, M. de Céloron était en garnison au fort 
Frontenac. 

Le 24 avril 1759, le gouverneur de Vaudreuil écri- 
vait, de Montréal, au chevalier Benoit, commandant du 
fort Frontenac : 

" Vous permettrez à M. de Céloron de descendre en 
cette ville. M. son père est mort, et sa présence est 
nécessaire pour l'arrangement de ses affaires. Je lui 
écris de profiter de la première occasion. Ayez atten- 
tion, je vous prie, qu'il ne descende personne de la 
Présentation, à moins que ce ne soit indispensable pour 
leur guérison." 

( x ) Il porta le nom de Céloron, comme son père. 



— 42 — 

Le 27 septembre 1759, M. de Céloron était envoyé 
avec cinquante hommes sur la rive sud du fleuve 
Saint-Laurent pour reconnaître les positions des An- 
glais C 1 ). 

Un document officiel de 1761 donne la note suivante 
sur M. de Céloron. Cette appréciation est éloquente 
dans sa concision : 

" Pauvre et brave ". 

C'est la même année qu'il fut fait chevalier de l'Or- 
dre royal et militaire de Saint-Louis. 

Un Etat général de la noblesse canadienne dressé 
en novembre 1667, nous apprend que M. Céloron de 
Blainville, habitait alors la Touraine. 

Le 4 avril 1767, le président du Conseil de Marine 
demandait à M. de Sabrevois, major, commandant les 
officiers canadiens établis en Touraine, des informations 
sur Pierre- Joseph Céloron de Blainville. 

Une lettre du chevalier de Kepentigny, datée de l'île 
de Ehé, le 15 août 1769, et adressée au ministre de la 
marine, recommandait chaudement M. de Céloron, 
capitaine dans le régiment de Saint-Domingue, et qui, 
depuis un an, est en congé en Touraine pour le réta- 
blissement de sa santé. 

Il fut fait droit à cette requête car un brevet pour 
tenir rang de major dans les troupes des colonies fut 
délivré à Pierre-Joseph de Céloron le 1er septembre 
1769. 

Le 28 avril 1774, le président du Conseil de Marine 
écrit à M. de Céloron qu'il a reçu sa lettre l'informant 
de la mort de M. de Sabrevois, autrefois major de ville 
au Canada, qui était chargé des paiements des pensions 
aux officiers du Canada retirés en Touraine. Il ne peut 
lui accorder cette charge parce qu'elle va être abolie. 

Au moment de la revision des titres de noblesse, M. 



C 1 ) Journal des Campagnes de Lévis, pp. 221, 225. 



— 43 — 

de Céloron produisit ses titres devant Antoine-Marie 
D'Hozier de Sérigny, juge d'armes de la noblesse, et 
obtint, à la date du 5 mars 1781, un certificat de no- 
blesse. Il résidait alors à Tours. 

Il comparut également à l'assemblée de la noblesse 
de France, en Touraine, en 1789. 

M. Céloron de Blainville avait épousé, à Tours, Eli- 
sabeth- Marguerite-Magloire Abraham, veuve de Jean- 
Baptiste-Michel-Eené Préjent, seigneur du Breiiil et 
autres lieux. 

II 

Màurice-Eégis Céloron de Blainville 

Né à Montréal le 19 mars 1728. 

En 1744, par ordre de M. de Beaucours, gouverneur 
particulier de Montréal, il était envoyé au fort Saint- 
Frédéric, en qualité de volontaire, sou3 les ordres de M. 
de Céloron, son père. 

En 1745, par ordre de M. Hocquart, intendant du 
Canada, il était employé aux écritures dans les bureaux 
de Montréal. 

En 1747, il est employé au bureau des constructions 
à Québec. 

En 1750, M. Céloron de Blainville s'engage à Brest. 
Il s'embarque sur le Léopard, commandé par M. de 
Kosily, capitaine de vaisseau, pour la Martinique. 

En 1755, il s'embarque sur le vaisseau Y Espérance, 
commandé par M. de Bonville, capitaine de vaisseau, 
pour aller à Louisbourg. L 5 Espérance fut capturée 
après un violent combat livré au vaisseau anglais YOr- 
ford, et conduit à Plymouth. 

M. Céloron de Blainville suivit l'exemple de son 
chef, M. de Bonville, et il refusa de donner sa parole. 
Pendant une longue et dure détention de 24 mois, il 
s'appliqua avec tant de zèle à seconder son chef dans 
les multiples occupations que lui créaient ses compa- 
gnons de captivité (tous les équipages français détenus 



— 44 — 

dans les prisons de Plymouth), que M. de Bonville lui 
obtint du Roi, en même temps qu'un avancement, une 
pension annuelle de 200 livres, plus une gratification 
extraordinaire de 800 livres, pour le dédommager des 
pertes et dépenses occasionnées par sa détention en 
Angleterre ( 1 ). Cette campagne lui avait occasionné 
une perte de seize mille livres. 

En 1760, M. Céloron de Blainville servait dans les 
batteries de Lurt et de Cornouailles. 

En 1762, il s'embarque sur le vaisseau le Sceptre, 
commandé par M. de Marinière. 

En 1764, M, Céloron de Blainville sert dans l'arsenal 
de Brest. 

En 1766, il est sous-commissaire de la Marine au 
quartier de Concarveau. 

Le 18 avril 1778, un brevet de pension de mille 
livres, signé du Roi et contresigné de M. de Sartine, 
daté de Versailles, était accordé à M. Céloron de Blain- 
ville, alors commissaire de la Marine au Conquet, et 
qui reçut ainsi l'autorisation de se retirer du service. 

Le 1er avril 1779, la pension viagère de 200 livres 
et la pension de 1000 livres (réduite par suite des rete- 
nues faites au profit des invalides de la Marine) payées 
à M. de Céloron de Blainville sont converties en un 
brevet de pension sur le trésor royal. 

Le 19 juin 1793, par décret de la Convention Na- 
tionale, scellé le 20 juillet suivant, il est accordé à M. 
Céloron de Blainville une pension annuelle et viagère 
de 1020 livres. 

Huit années plus tard, le 13 Brumaire an X (4 
novembre 1801), les deux pensions de M. Céloron de 
Blainville sont converties en solde de retraite et fixée 
à 1020 francs. 

Nous ignorons la date de la mort de M. Céloron de 
Blainville. 



( J ) Lettre de M. de Moras, ministre de la marine, à M. Hoc- 
quart, intendant de la marine à Brest, 24 décembre 1757. 



— 45 — 

III 

Jean-Baptiste Céloron de Blainville 

Né à Montréal le 15 septembre 1729. 

Il servit dans le détachement des troupes de la 
marine. 

Après la conquête, il resta ici. 

En 1778, George-Kogers Clark obtenait de l'état de 
la Virginie la permission d'enrôler quelques hommes. 
On lui donna des provisions et quelque argent. Avec 
300 volontaires, il s'empara, au nom du Congrès, de 
Kaskaskia, puis de Cahokia et enfiu de tout l'Illinois. 

Haldimand fut très affecté de la perte de l'Illinois. 
Il prit immédiatement des mesures pour le reprendre. 

Sa première démarche fut de demander l'aide des 
sauvages Ouiatanon. M. de Céloron, qui était aimé 
de ces sauvages, fut envoyé auprès d'eux avec des 
ceintures et des messages d'amitiés. 

M. de Céloron rendit d'abord de grands services à 
Haldimand et à la cause anglaise, puis, pour des rai- 
sons que nous ignorons, il passa du côté des Améri- 
cains. C 1 ) 

Nous perdons ses traces à partir de ce moment. 

IV 

Madeleine-Suzanne Céloron de Blainville 

Née à Montréal le 11 octobre 1730. 
Décédée au même endroit le 2 février 1731. 



0) Collection Haldimand, vol. II, pp. 224, 228, 229, 230 et 
seq. 



— 46 — 

V 

Pierre- Hyacinthe Céloron de Blain ville 

Né à Montréal le 26 mai 1732. 

C'est celui qui fut connu sous le nom de chevalier de 
Céloron. 

En juin 1751, il était fait enseigne en second. (*) 

Quatre ans plus tard, en 1756, il était promu ensei- 
gne en pied. 

En 1760, il obtenait le grade de lieutenant. 

Le 22 septembre 1767, le président du Conseil de 
la Marine informait le chevalier de Céloron qu'il avait 
donné à un autre la compagnie qu'il lui destinait à 
cause de son état de santé. 

Le 15 septembre 1769, le président du Conseil de 
Marine écrivait de nouveau au chevalier de Céloron et 
l'informait que comme ses blessures le faisaient beau- 
coup souffrir, le roi lui permettait de se retirer du ser- 
vice. ( 2 ) 

Dans une note officielle datée de 1771, nous lisons : 

" Cet officier blessé cruellement en 1760 au fort Levy 
fut obligé de rester en Canada où les suites de ses bles- 
sures l'ont conduit à des opérations qui l'ont tenu sous 
les fers des chirurgiens pendant deux ans sans ressour- 
ces pour payer les frais de sa maladie. Il avait chargé 
M. de Céloron, son frère, de solliciter ici les arrérages 
de son traitement pour le mettre à même de s'acquitter 
en Canada et revenir en France." ( 3 ) 



C 1 ) Rapport sur les archives canadiennes pour 1905, partie 
I, p. 153. 

( 2 ) Rapport sur archives pour 1905, partie I, pp. 384 et 
398. 

( 3 ) Renseignement fourni par M. l'abbé Amédée Gosselin. 



— 47 — 

VI 

Marie- Catherine-Françoise Céloron de Blainville 

Née à Montréal le 15 août 1744. 

Elle fut la vingtième supérieure de l'Hôtel-Dieu de 
Montréal. 

Elle décéda à l'Hôtel-Dieu de Montréal le 25 mai 
1809, après 47 ans de profession ( 1 ). 

VII 

Pierre-Joseph Céloron de Blainville 

Né à Montréal le 1er juin 1747. 

Il entra dans les troupes de la marine servant dans 
la Nouvelle-France comme cadet à l'aiguillette, le 1er 
juin 1759. 

Il prit part aux dernières batailles entre les Anglais 
et les Français. Fait prisonnier de guerre en 1761, il 
fut conduit à la Nouvelle-York, 

Transféré en France, M. Céloron de Blainville résida 
à Monthléry chez son grand'père maternel, pendant 
quelques années. 

Le 14 juillet 1767, il était fait sous-lieutenant dans 
la Légion de Saint-Domingue. Il passa dans cette colo- 
nie la même année. 

Le 13 septembre 1770, il était promu lieutenant. 

Deux années plus tard, le 19 août 1772, il passait 
en la même qualité de lieutenant dans les Grenadiers 
ou Eégiment du Cap. 

Le 16 octobre 1778, M. Céloron de Blainville était 
promu capitaine, puis, le 15 octobre 1783, capitaine de 
chasseurs. 



(*) Dans notre Famille de Salaberry, pp. 130-144, on trou- 
vera treize lettres de la mère de Céloron adressées à son 
cousin, M. de Salaberry, père du héros de Châteauguay. 



— 48 — 

En 1785, il était aide-major dans la Place du Cap ; 
le 11 janvier 1787, il prenait rang, de major dans les 
troupes de la colonie ; en septembre de la même année, 
on le voit major de place à Jérémie ; puis l'année sui- 
vante, en août, major au fort Dauphin. 

M. Céloron de Blainville comparut à l'assemblée de 
la noblesse au Cap Saint-Domingue le 13 avril 1789 
au moment de la nomination des députés aux Etats 
Généraux ( a ). 

Le 5 février 1792, il recevait le brevet de lieutenant- 
colonel et, le 31 décembre de la même année, il cessait, 
pour cause d'infirmités, d'être en activité de service. 

M. Céloron de Blainville avait reçu, le 3 janvier 
1788, la croix de chevalier de Saint-Louis. 

Il revint en France, et se fixa à Tours. La Conven- 
tion Nationale, par décret en date du 3 Prairial an 3, 
lui octroya une pension annuelle et viagère de 6000 
livres, réduite provisoirement à 3000 livres. 

M. Céloron de Blainville demanda et obtint, le 5 
Frimaire an 5, son admission à l'Hôtel des Invalides, à 
Paris, avec le traitement de chef de brigade. 

Il avait pris part aux campagnes de 1759 et 1760 
au Canada, de 1779, 1780, 1781, 1782 et 1783 à la 
Nouvelle- Angleterre, et de 1791 et 1792 à Saint- 
Domingue, en tout à neuf campagnes de guerre. 

M. Céloron de Blainville demanda l'emploi de capi- 
taine d'une compagnie de militaires vétérans et fut, à 
deux reprises, l'objet d'un rapport favorable du ministre 
de la guerre, mais fut écarté par le Directoire Exécutif, 
comme ancien chevalier de Saint-Louis, suspect d'avoir 
été agent de la police royale à Paris. Cette accusation 
était ridicule et il n'eut pas de misère à démontrer 
qu'elle était matériellement impossible. 

Les lettres écrites par M. Céloron de Blainville à 



(*) LaRoque et Barthélémy, Catalogue des gentilshommes 
en 1789, vol. 2, p. 5. 



— 49 — 

cette occasion sont simples et dignes. Elles tranchent 
sur le style déclamatoire de l'époque. Il y avait du 
courage à écrire de la sorte, alors que chacun protes- 
tait, en termes hyperboliques, de son attachement au 
nouvel ordres de choses. 

Pierre-Joseph Céloron de Blainville mourut aux 
Invalides le 6 Pluviôse, an XI. 

Il avait épousé Catherine-Henriette Dauvergne, et 
laissa un fils. On ignore ce qu'il devint. 

VIII 

Marie- Madeleine Céloron de Blainville 

Née à Montréal le 29 août 1748. 
Décédée novice à l'Hôpital- Général de Montréal le 
10 décembre 1768. 

IX 

François-Marie Céloron de Blainville 

Né à Montréal le 13 novembre 1749, 
En 1771, étant sans emploi, il s'était retiré chez M. 
Fleury de la Gorgendière, à Saint-Domingue ( 1 ). 

X 

Marie- Victoire-Françoise Céloron de Blainville 

Née à Montréal le 18 octobre 1750. 
Décédée au même endroit le 13 juin 1751. 

XI 

Anonyme 
Né et décédé à Détroit le 12 janvier 1752. 



( ) Note de M. l'abbé Amédée Gosselin. 

4 



— 50 — 

XII 

Paul-Louis Céloron de Blainville 
Le continuateur de la lignée. 
XIII 

Marie-Charlotte Céloron de Blainville 

Née à Détroit le 31 mars 1754. 

Décédée au même endroit le 12 juin 1754. 

XIV 

Jacques-Philippe Céloron de Blainville 

Né à Montréal le 8 août 1755. 

Décédé à la Longue-Pointe le 25 août 1755. 

XV 

Marie- Amable Céloron de Blainville 
Née à Montréal le 15 décembre 1757. 



— 51 — 



1ère génération : J.-B. Céloron de Blain ville 
2ème génération : P.-J. Céloron de Blain ville 
3ème génération : P.-L. Céloron de Blain ville 



PAUL-LOUIS CÉLOKON DE BLAINVILLE 

Né à Détroit le 2 mars 1753. . 

Lorsque le Canada passa sous la domination de 
l'Angleterre, il suivit en France ses frères et sœurs. 

Le 3 mai 1774, il entrait dans la compagnie des 
cadets gentilshommes à Kochefort. 

Le 15 juin 1775, M. Céloron de Blain ville obtenait 
une commission de sous-lieutenant au Eégiment Colo- 
nial de la Martinique. Il passa dans cette colonie dans 
l'automne de la même année. 

En 1776, M. Céloron de Blain ville commandait un 
détachement de vingt-cinq hommes à bord d'un vais- 
seau de guerre français, chargé de protéger l'arrivée des 
bâtiments américains aux Etats-Unis contre les vais- 
seaux de guerre anglais qui croisaient continuellement 
dans les eaux de la Martinique. 

M. Céloron de Blain ville voyant le peu de chances 
qu'il avait d'être promu à cause du grand nombre de 
ses camarades plus anciens qui devaient naturellement 
passer avant lui, se décida à prendre du service dans 
l'armée américaine. Le lieutenant-général comte d'Ar- 
gout, commandant en chef des Iles sous le Vent, lui 
donna une lettre de recommandation pour le général 
Washington, et M. Bingham, chargé d'affaires des Etats- 
Unis à Saint- Pierre, île de la Martinique, lui rendit le 
même service auprès du Congrès des Etats-Unis. 

Le 15 février 1777, M. Céloron de Blainville rece- 



— 52 — 

vait sa commission de capitaine de hussards dans la 
légion de Pulasky. 

Le 8 mars suivant, il rejoignait l'armée de Washing- 
ton dans le New-Jersey. 

M. Céloron de Blainville a tracé lui-même briève- 
ment sa campagne aux Etats-Unis. Suivons-le : 

" A été employé major de la Brigade commandée par 
M. de la Koche Fernay, ancien chevalier de l'ordre 
royal et militaire de Saint-Louis, sous les ordres du 
major-général Saint-Clair, commandant en chef l'armée 
du Nord, pour s'opposer à l'expédition qui était partie 
du Canada et qui a eu lieu dans le mois de juillet 1777, 
sous les ordres du lieutenant général Burgoyne. Il 
était de la retraite de Ticondéroga sur le lac Cham- 
plain, ordonnée par le marquis de Lafayette. 

" A été envoyé par le marquis de Lafayette con- 
jointement avec MM. de Gouvion, de Launay et 
le chevalier de Luce pour établir des forts chez les 
six nations sauvages nommées Toscorores et Onéidas, 
et sont revenus avec deux cents sauvages rejoindre 
l'armée américaine le 4 août 1777. 

" Etait employé à l'armée commandée par le major- 
général Gates qui a fait mettre bas les armes à 5,000 
hommes de troupes anglaises et hessoises, à Saratoga, 
sur la rivière du Nord, en 1778, et il fut blessé d'un 
coup de bayonnette à la jambe gauche. Il agissait alors 
comme capitaine dans le 4ème régiment de l'Etat de 
New-York, commandé par le colonel Benjamin Vere 
Livington. 

" A rejoint l'armée que oommandait le marquis de 
Lafayette, qui poursuivait celle du général Clinton 
dans sa retraite de Philadelphie à New -York et qui 
perdit une partie de son arrière-garde et ses bagages 
dans l'action qui eut lieu au mois de juillet 1778 dans 
le Montmouth. 

" Etait de l'expédition de Savannah, dans la Geoigie, 
commandée par le comte d'Estaing. Fut légèrement 



— 53 — 

blessé d'un coup de feu à la tête. L'affaire ayant man- 
qué, le comte d'Estaing se retira. Le major-général 
Lincoln commandait l'armée américaine. Il fît sa 
retraite à Charlestown, ville métropolitaine de la Caro- 
line du Sud, y fut attaqué par une armée bien supé- 
rieure à la sienne, laquelle était commandée par le 
major-général Clinton, et, enfin, après quarante jours 
de tranchées ouvertes, fut obligé de capituler. Les offi- 
ciers, prisonniers de guerre, ont été relégués à Hodrel's 
Point où nous avons été treize mois assez mal traités. 

" A rejoint, après le temps où tous les prisonniers 
furent échangés, l'armée du marquis de Lafayette, 
en Virginie, et a été de cette expédition jusqu'à la red- 
dition de l'armée anglaise, commandée par le vicomte 
milord Cornwallis, qui capitula et mit bas les armes 
devant l'armée américaine commandée par le général 
Washington et le comte de Eochambeau, commandant 
les forces auxiliaires de Sa Majesté Très Chrétienne ". 

Après la guerre, M. Céloron de Blainville retourna 
dans les Indes Occidentales. Le 3 mars 1783, il était 
nommé capitaine aide-major à Saint-Christophe. Cette 
colonie ayant été rendue aux Anglais par le traité 
de paix, il obtint un traitement de cent pistoles par an 
jusqu'à son remplacement. 

Le 26 février 1784, il passait capitaine aide-major 
du fort Saint- Louis et ville de Pointe-à-Pitre, île de la 
Guadeloupe. Il servit en cette qualité jusqu'au mois de 
décembre 1793. 

Les horreurs de la Eévolution se firent sentir même 
à la Guadeloupe. 

Dans un tableau nominatif des personnes prévenues 
de délits contre-révolutionnaires, au mois de décembre 
1792, nous voyons le nom de M. de Céloron, major de 
place (*). 

Le 19 septembre 1792, une nouvelle, venue de la 



O A. Lacour, Histoire de la Guadeloupe, tome II, p. 477. 



— 54 — 

colonie anglaise de Montserrat, représentait les Autri- 
chiens et les Prussiens comme maîtres de Paris et 
Louis XVI comme remis en possession de tout le pou- 
voir, de toute l'autorité royale. On peut croire à l'al- 
légresse de l'élément royaliste de la Guadeloupe ! 

La frégate, la Calypso, qui était en rade de la Basse- 
Terre, hissa le drapeau blanc, le salua de vingt-et-un 
coups de canon, puis mit à la voile pour porter la 
bonne nouvelle à la Martinique. Or, il y avait trois 
jours que la Koyauté était abolie en France ! 

En plusieurs endroits, on brûla le drapeau tricolore. 
L'Assemblée coloniale, réunie sous la présidence de 
Hurault de Gaudecourt, jura fidélité au roi et lui vota 
une adresse, etc. 

Courte joie que plusieurs payèrent de leur tête, et 
d'autres, par l'expatriation et la perte de leur fortune. 

En octobre 1792, la gabare la Bienvenue, qui était 
en relâche à l'île Saint-Christophe, fut enlevée par une 
expédition dirigée par Malle va ut, commandant de la 
Calypso, avec cinquante-six volontaires. 

Le 26 décembre 1792, le gouverneur, le vicomte 
d'Arrot, prend position à Saint-Jean, près de la Pointe- 
à-Pitre, avec toutes les troupes qu'il peut réunir, en 
attendant les frégates la Calypso et la Royaliste de la 
Martinique. Dépourvu d'artillerie, il dut battre en re- 
traite devant les forces républicaines. Il s'embarqua en 
janvier 1793 pour l'île anglaise de la Trinité, où il fut 
peu après rejoint par la plupart des officiers du batail- 
lon du Forez et du régiment de la Guadeloupe. 

Dès lors commença ce que les révolutionnaires ap- 
pelaient le grand œuvre de la régénération, tâche qui 
consistait à renverser et à détruire. Le pillage des pro- 
priétés et les exécutions capitales désolèrent le pays. 

Paul-Louis Céloron de Blainville, pour sauver sa 
vie, dût faire comme ses frères d'armes et chercher un 
refuge dans l'île de la Trinité. 

La date exacte de son retour à la Guadeloupe n'est 



— 55 — 

pas connue. Mais il y était le 4 mars 1807, date à 
laquelle il fut nommé capitaine-adjoint à l'état-major 
général de la colonie. 

Le 1er Messidor, an 11, M. Céloron de Blain ville 
était fait sous-commissaire civil de la Garde Nationale 
de la commune des Abymes. 

Le 1er Prairial, an 13, il devenait commissaire com- 
mandant aux Abymes. 

M. Céloron de Blain ville avait obtenu, le 29 juillet 
1778, le brevet de l'Ordre Koyal et militaire de Saint- 
Louis. Il était déjà chevalier de l'Ordre de Cincinna- 
tus. 

M. Céloron de Blainville avait épousé Blanche- 
Céleste-Keserchan de Godmans. Elle lui donna un 
fils: 



— 56 — 



1 ère génération : J.-B. Céloron de Blainville 
2ème génération : P.-J. Céloron de Blainville 
3ème génération : P.-L. Céloron de Blainville 
4ème génération : P.-L.-G. Céloron de Blainville 



PAUL-LOUIS-GEORGES CÉLORON DE BLAIN- 
VILLE 

Né à la Basse-Terre (Guadeloupe) le 31 janvier 1788. 

Il fut successivement nommé aux fonctions d'asses- 
seur au Conseil Supérieur de la Guadeloupe le 26 
janvier 1816, conseiller à la Cour Royale, et avocat- 
général près la Cour d'Appel de cette colonie, le 14 
novembre 1827. 

Le 5 décembre 1828, il était fait major du quartier 
de la Goyave (Guadeloupe), puis le 20 décembre 1830, 
commandant du même quartier. 

M. Céloron de Blainville résigna ses fonctions de 
magistrat, lorsque, de gratuites, elles devinrent rétri- 
buées. 

En 1832, il abandonna également ses fonctions de 
commandant du quartier de la Goyave pour se consa- 
crer exclusivement à la gestion de ses propriétés. 

M. Céloron de Blainville décéda à la Pointe-à-Pitre 
(Guadeloupe) le 14 novembre 1847. 

Il avait épousé, au Petit-Bourg (Guadeloupe) le 18 
juin 1822, Marie- Adélaïde, fille de messire François- 
Henri de Vernon, marquis de Bonneuil, et de Marie- 
Amélie de Céloron. 

Elle décéda à la Pointe- à- Pitre (Guadeloupe) le 14 
février 1855. 

Ils eurent un fils : 



— 57- 



1 ère génération : J.-B. Céloron de Blaînville 
2ème génération : P.-J. Céloron de Blaînville 
3ème génération : P.-L. Céloron de Blaînville 
4ème génération : P.-L. -G. Céloron de Blaînville 
5ème génération : P.-L. -M. Céloron de Blaînville 



PAUL- LOUIS-MAXIME CÉLOKON DE BLAIN- 
VILLE 

Né au quartier de la Goyave (Guadeloupe) le 20 
mai 1831. 

Il dirigea pendant quelques années le journal Le 
Commercial. 

Il entra ensuite dans l'administration coloniale et 
fut successivement directeur de l'intérieur des établisse- 
ments français de l'Inde et gouverneur intérimaire de 
cette colonie (juin 1882 à octobre 1887), gouverneur 
de Mayotte et des îles Comores (octobre 1887 à juillet 
1888). 

M. Céloron de Blainville fut nommé en cette même 
année 1888 lieu tenant- gouverneur de la Cochinchine. 
Il fut envoyé en cette qualité en mission au Japon 
pour traiter certaines questions intéressant l'Indo-Chine 
française. 

Il mourut le 19 mai 1889, à Yokohama, et fut 
inhumé dans le cimetière européen de cette ville, où la 
colonie lui fit élever un tombeau portant cette inscrip- 
tion : " La Cochinchine à son lieutenant-gouverneur." 

Il était chevalier de la Légion d'honneur (1886), 
grand officier de l'Etoile d'Anjouan, de l'Ordre Eoyal du 
Cambodge et de l'Ordre Impérial du Dragon de 
l'Annam. 



— 58 — 

M. Céloron de Blainville avait épousé, le 6 juin 1866, 
à la Basse-Terre (Guadeloupe), Marie-Louise, fille de 
Jean-Pierre-Louis Achard et de Louise-Antoinette 
Peyre-Ferry. 

Elle est décédée à Pondichéry (Inde française) le 11 
avril 1890. 

De leur mariage sont nés : 



Georges- Amédée- Gaston Céloron de Blainville 

Né à la Basse-Terre (Guadeloupe) le 31 mai 1867. 

Administrateur des services civils de l'Indo-Chine. 

Eésident de France au Cambodge. 

Il est commandeur de l'Etoile d'Ayonam, officier du 
Dragon d'Annam et de l'Ordre royal du Cambodge. Il 
a aussi été décoré du Kim-Khanh d'Annam et de la 
médaille de Norodan. 

II 

Jeanne-Hélène-Adèle Céloron de Blainville 

Née le 16 août 1870. 

Mariée à M. Lucien Gallois-Montbrun. 

III 

Paul-Louis-Marie Céloron de Blainville 

Né à la Basse-Terre (Guadeloupe) le 3 février 1872. 

Sous-lieutenant d'infanterie de marine le 20 mars 
1896 ; lieutenant le 17 mars 1898 ; capitaine d'infan- 
terie coloniale le 12 octobre 1903. 

Il est décoré de la médaille coloniale (agrafe " Afri- 
que occidentale "), et du Kim-Khanh d'Annam. 

M. de Blainville a servi au Tonkin, à deux reprises. 



— 59 — 

Il a aussi fait les campagnes de Cosamence (Sénégal) 
et de la côte d'Ivoire (1901 à 1903). 

Il a été cité à l'ordre du jour à deux reprises diffé- 
rentes. Les beaux certificats donnés à un vaillant des- 
cendant de Canadien- Erançais ont leur place ici. 

" Ordre général n° 26. 

11 Le général commandant supérieur des troupes 
adresse des félicitations officielles aux officiers, sous 
officiers, caporaux et soldats dont les noms suivent, 
qui ont rendu des services signalés dans le Baoulé 
(Côte d'Ivoire). 

" Le lieutenant Céloron de Blainville, de l'Infanterie 
Coloniale, à l'état-major hors cadre. 

" Pendant les opérations contre les Agios (Baoulé, 
Côte d'Ivoire, 3 janvier 1902), a, en maintes circons- 
tances, fait preuve d'une grande énergie et de beaucoup 
d'initiative, particulièrement le 26, dans le commande- 
ment de l'arrière-garde. 

" A, en outre, exécuté dans des conditions difficiles 
et souvent dangereuses le levé de l'itinéraire suivi par 
la colonne." 

" Ordre général n° 20 (6 juin 1903). 

11 A la suite des opérations qui ont eu lieu dans le 
Baoulé Militaire (Côte d'Ivoire) pendant le 2 e semestre 
1902, le général commandant supérieur des troupes de 
l'Afrique occidentale française est heureux de porter à 
la connaissance des corps et services et des troupes pla- 
cées sous son commandement, qu'en raison de leur 
brillante conduite et des qualités d'endurance, de tra- 
vaux et de valeur militaire dont ils ont maintes fois 
fait preuve, il cite à l'ordre du jour des troupes de 
l'Afrique occidentale française, avec demande d'ins- 
criptions au Bulletin officiel : 

" Le lieutenant Céloron de Blainville. 

" Déjà félicité pour l'énergie et l'initiative dont il 
avait fait preuve pendant les opérations entreprises 



— £0 — 

dans le Baoulé (Côte d'Ivoire) dans le courant du 1er 
semestre 1902, s'est fait distinguer par les mêmes 
qualités pendant l'insurrection des Nigbans, dans le 
courant du 2e semestre et a eu un rôle important dans 
la prise du massif de l'Ourombo Bocca et dans la dis- 
persion des rebelles qui s'étaient rassemblés dans ce 
réduit ". 

M. Céloron de Blainville sert actuellement au 8e 
Régiment d'Infanterie Coloniale, à Toulon. 

IV 

Henri-Lucien Céloron de Blainville 

Né à la Basse-Terre (Guadeloupe) le 20 juin 1873. 
Délégué de la Trésorerie de l'Indo-Chine au Terri- 
toire de Quan-Tchéou-Wan (Chine). 



Màrthe-Marie-Julienne Céloron de Blainville 

Née le 18 mai 1879. 
Mariée à M. Paul Faciolie. 



Québec : Imprimerie de V Événement 




DU MÊME AUTEUR 



LA FAMILLE TASCHEREAU-1901. 

LA FAMILLE FRÉMONT— 1902. 

LA FAMILLE JUCHEREAU DUCHESNAY— 1903. 

LA FAMILLE D'ESTIMAUVILLE DE BEAUMOUCHEL-1903. 

LA FAMILLE TACHÉ— 1904. 

LA FAMILLE GODEFROY DE TONNANCOUR-1904. 

LA FAMILLE D'IRUMBERRY DE SALABERRY— 1905. 

LA FAMILLE ROCBERT DE LA MORANDI ÈRE— 1905. 

LA FAMILLE DES CHAMPS DE BOISHÉBERT— 1906. 

LA FAMILLE PA NET— 1906. 

LA FAMILLE D'AVÈNE DE MÉLO ISES— 1907. 

LA FAMILLE BOISSEAU— 1907. 

LA FAMILLE AUBERT DE GASPÉ-1907. 

LA FAMILLE JARRET DE VERCHÈRES— 1908. 

LA FAMILLE ADHÉMAR DE LANTAGNAC— 1908. 

LA FAMILLE MARIAUCHAU D'ESGLY— 1908. 

LA FAMILLE CÉLORON DE BLAÏN VILLE— 1909. 

LA FAMILLE CHARTIER DE LOTBINIÈRE.